mercredi 28 septembre 2011

« L'indépendance dans le poker est une chance »


Rencontre avec Bruno Fitoussi (printemps 2009, jamais publié)


Le grand prix de Paris à peine terminé, Bruno Fitoussi qui a organisé l'événement pour le compte de l'Aviation club de France via sa société VIP Gaming, revient sur cet événement majeur du poker français. Au départ, l'entrevue devait être brève, Bruno se montrant très fatigué, mais le cadre chaleureux du restaurant de l'ACF, propice aux confessions et la passion du « monsieur poker » en France, ont permis un échange riche qui ne vous laissera pas indifférent.

Qu'avez-vous pensé de cette édition du grand prix de Paris?
Bruno Fitoussi : Je crois que c'est le plus beau tournoi français. L'EPT de Deauville, qui est un bon tournoi n'est pas un tournoi français, il se déroule en France mais n'est qu'une étape d'un circuit dont les organisateurs sont étrangers. Sur wam.poker, ils ont publié la liste des derniers vainqueurs du grand prix de Paris. C'est impressionnant : Fabrice Soulier, Mike Sexton, Devilfish Uliott, etc. Ce tournoi bénéficie d'une aura, d'une vraie singularité à l'heure de l'internet. Il a été affecté depuis trois ans par des décisions administratives qui ont fait un amalgame malheureux avec les jeux en lignes alors que l'ACF a toujours respecté très strictement la loi française. Nous avons donc dû surmonter beaucoup de handicaps. Nombre de joueurs sponsorisés par des sites ne peuvent pas venir. Isabelle Mercier, Elky, Freddy Deeb, etc., viennent sur leurs propres deniers. 10 000 euros ce n'est pas rien. L'an prochain, les choses devraient se régulariser et nous devrions accueillir 200 à 300 joueurs.

Le manque de satellites via internet pénalise le grand prix d'une certaine popularité.
B.F. : Oui. L'ACF a réalisé des efforts pour ses adhérents. Nous avons d'ailleurs vu en table finale, deux personnes qualifiées par ces satellites à 50 euros ou 200 euros. Malgré tous ces handicaps, l'ACF a accueilli 138 joueurs dans un tournoi au buy in de 10 000 euros. Une telle performance n'existe nulle part ailleurs.

Des personnes ont regretté de ne pas pouvoir assister à la table finale. Le huis clos a été mis en place afin de garder le suspens intact pour la diffusion en léger différé sur Eurosport.
B.F. : J'essaie de toujours être créatif. C'est dans ma nature. L'ACF a organisé pour la première fois en Europe des ladies night, des seniors night, l'Europe all of fame, j'ai fait venir le World poker tour à Paris … Il n'existe pas beaucoup de salles dans le monde où l'on peut jouer au deuce to seven, au baduggi. J'essaye d'être un pionnier, de garder une longueur d'avance. Ce n'est pas toujours simple d'apporter des nouveaux concepts, des fois nous ne rencontrons pas le succès. L'an dernier, nous avons réalisé l'un des premiers direct live du poker. Il y avait eu le tournoi dans l'île de Man, en Angleterre (ndrl : les wsop en novembre?). Nous avons connu des problèmes techniques en plus de suspicions de triches. Certains joueurs lors des pauses pouvaient regarder la télé et connaître la dernière main de leurs adversaires puisque un décalage de cinq/dix minutes existait. Franchement, le tournoi ne se joue pas sur ça. Cela ne veut rien dire de connaître la dernière main jouée. Nous devions opérer des arrêts intempestifs par rapport à la publicité, etc. Cette année, nous avons privilégié une autre formule qui a pu frustrer une centaine d'habitués de l'ACF mais a offert à des milliers, peut-être des centaines de milliers (NDRL : Nous ne connaissons pas l'audience de la table finale lors de l'entrevue. Le site Daylimotion a enregistré plus de cent mille connexions) de téléspectateurs, une table finale pleine de suspens.

C'était une exigence du diffuseur?
BF : Effectivement. Nous devions apporter certaines garanties au diffuseur. L'ACF ne bénéficie pas, encore une fois, du soutien des sites de jeux en lignes. La production d'une telle émission nécessite un budget que ne possède pas l'ACF. Il faut trouver des partenariats, ce que nous avons réussi pour le bonheur des fans de poker.

 « C'est beau, c'est ça le poker »

Qu'avez-vous pensé de la table finale?
BF : J'ai entendu des critiques surtout concernant Jan Boubli. Mais Jan a été excellent. C'est ça le poker. Sans jeu il a réussi à avoir plus de jetons qu'au début de la finale. C'est beau, c'est ça le poker. Je trouve qu'on devrait prendre des morceaux de cette finale et les décrypter de manière pédagogique pour apprendre le poker aux gens. J'ai adoré cette finale. Jérôme a été exceptionnel. Nicolas a tenté de mettre la pression, fort de son expérience. Il s'est arrêté à temps parce qu'autrement, il se mettait toute la table contre lui. Jan, Jérôme, Fabrizio qui est un joueur de cash game ne se seraient pas laissé faire. David a pris sa chance complètement, peut-être que Vikash a été un ton en-dessous.

Que va vous apporter cette nouvelle législation sur les jeux en lignes prévue pour janvier 2010?
BF : Une bouffée d'air. Depuis deux/trois ans, les casinos français, peut-être pas tous, d'ailleurs, applique la loi à la lettre. Nous sommes donc coupés d'internet, le plus grand pourvoyeur de joueurs des tournois live. Nous ne pouvons pas recevoir le WPT alors qu'il n'est attaché à aucun site de jeux. Puisqu'un EPT a été organisé, je pense qu'un WPT pourra se faire aussi. Nous devrions développer les European poker awards, une remise de prix essentielle, avec des joueurs sponsorisés par ces sites. Nous allons pouvoir récompenser le meilleur joueur du net.

Vous évoquer le World poker tour. Celui-ci a connu des moments difficiles dû à un effritement de son audimat.
BF : Tous les programmes connaissent une baisse. C'est surtout dans sa promotion qu'il a rencontré des difficultés. Le WPT s'est avéré très cher pour la télé alors que les sites internet livrent gratuitement leurs tournois live. Steve Lipscomb, créateur et CIO du WPT, a donc modifié son business plan. Il s'associe avec des sites de jeux : Pokerstars aux USA, Bwin en Italie, ect. Nous attendons un sponsor en France. Si le WPT a souffert de ne pas être affilié à un site de jeux, maintenant cela devient un avantage, une force. Le WPT est le seul tournoi indépendant et l'indépendance dans le poker est une chance. Elle permet une grande flexibilité, de passer des contrats avec qui l'on veut. C'est la même chose pour l'ACF. Nous avons souffert un temps mais dorénavant, c'est une force.

10ème au WPT championship

Nous venons d'évoquer la partie business du poker qui vous occupe beaucoup par rapport à votre société VIP gaming, mais vous restez un joueur de poker performant. Racontez-nous ce WPT championship dont vous finissez dixième.
BF : J'ai connu deux tournois en un. Le premier a été idéal et a duré deux jours. J'ai fini le jour 1 dans les cinq/ six premiers puis j'ai pris le cheap lead rapidement le jour 2 avec 400 k jetons. Le problème c'est que j'ai eu toutes les peines du monde a dépassé ces 400k. Les quatre autres jours, j'ai joué short stack. J'ai beaucoup appris et progressé dans ce tournoi. J'ai réussi à monter en jetons à l'approche de la table finale jusqu'à ce coup fatidique. Je suis UTG, les blindes sont de 50k-100k. J'effectue un baby raise à 210k, Ran Azor surrelance, et Yevgueniy Timoshenko tente le squezze en mettant son tapis. Je réfléchi un peu, histoire d'attirer Ran et je paie avec une paire de rois. Yevgueniy montre As-valet. Un As au flop scelle mon destin. C'est dommage, il me couvrait que de 250k et ce coup lui permet de finir premier du tournoi. Dommage ! J'adore ce tournoi à 25k dollars, c'est l'un des trois plus beaux de l'année. La structure est excellente.

Comment choisissez-vous vos tournois?
BF : N'étant plus un joueur professionnel, je cherche à me faire plaisir. Et puis, les grands tournois attirent toute la profession du poker. Je me dois d'être là-bas, j'ai pu par exemple présenter le Grand prix de Paris à quelques semaines de son commencement.

Vegas semble vous porter chance.
BF : Disons que les deux tiers de mes tournois se déroulent dans cette ville, donc il est logique d'avoir plus de résultats là-bas. Sinon, j'en parlais avec Patrick Bueno, qui a terminé 8ème du Horse l'an dernier. Lui-aussi est un homme d'affaires et quand nous sommes en Europe, pas loin de Paris nous ne pouvons pas couper totalement avec nos affaires. Nous ne sommes pas totalement concentrés lors du tournoi. A Vegas, nous n'avons que ça à faire, puisque nous jouons l'après-midi, en France, tout le monde dort.

Que pensez-vous de cette ville : Las Vegas, Sin city?
BF : J'y suis allé la première fois en 1977 à 19 ans. Je m'en souviens j'avais acheté une paire de botte mexicaine qui avait pour inscription 77. N'ayant pas l'âge de jouer dans les casinos, le séjour a consisté en une course poursuite avec la police qui voulait m'expulser des établissements. Je découvrais à peine le poker. J'y suis retourné pour le poker à partir de 1995 pour les WSOP. J'y ai aussi vécu un an avant de rencontrer ma femme et de repartir en France par amour. Elle déteste cette ville. Celle-ci est dangereuse. Il faut beaucoup de caractère à cause des tentations nombreuses et incessantes. Il faut être sérieux, capable de contrôle sur soi. Si on a tous ça, alors cette ville ne sera pas un enfer mais un paradis où vous verrez les plus beaux spectacles, les plus beaux concerts, des bons restaurants. Il ne faut pas rester 24h sur 24 à la table. Coupez ! Visitez les alentours : le Grand Canyon, le lac Mead. Jouez à des limites inférieures à vos habitudes. Faites tous ce que vous pouvez afin que ce séjour soit un plaisir et non un enfer.

 « Le main event est un énorme cirque»

Vous partez à Las Vegas, pour les WSOP, quel sera votre programme?
BF : J'ai beaucoup hésité mais je crois avoir trouvé une bonne formule par rapport aux exigences familiales et professionnelles. Je vais jouer le 40k dollars en l'honneur des 40 ans des World series, le 28 mai. Puis le 4 juin, j'attends avec impatience le mixed game à 8 jeux (NLH, PLO, LH, OHL, deuce to seven, Razz, Stud à sept cartes, stud à sept cartes hi and low, NDRL) que je n'ai pas pu faire l'an dernier. Je ne veux pas dire que j'ai de bonnes chances parce que j'ai trop d'expérience pour cela. Je sais qu'un tournoi se perd normalement et si on a de la chance, beaucoup de chance on en gagne un de temps en temps. Je sais que le 1er jour 50% des joueurs disparaissent puis pareil le jour 2. Je sais qu'Elky ou Isabelle Mercier se motivent fortement et pense gagner le tournoi auquel ils participent. Je ne suis pas comme ça. Mais là je sais que sur les 150 bons joueurs du H.O.R.S.E. seul un bon tiers partagent une connaissance et une expertise de haut niveau dans tous les jeux que réclament ce tournoi à 8 jeux. Ensuite, je retourne en France et ne reviendrai que pour le H.O.R.S.E. Je ne pense pas participer au main event. Dans les beaux tournois, il n'est qu'au 8ème rang. Je préférerais jouer au 10k pot limit Omaha, le 2_7 no limit et limit, le tête à tête à 10k. Le main event est devenu une foire, un énorme cirque. De la sortie des taxis à la table, il faut 40 minutes. Le premier jour dure six jours... Les sommes engagées restent importantes et attirantes mais la chance nécessaire est tellement importante. Vous savez dans un tournoi, si l'on peut remettre en cause les qualités de poker du gagnant, on ne peut jamais remettre en doute la chance dont a bénéficié le gagnant.

Pourtant, c'est lors de ce tournoi où vous avez le mieux joué.
BF : Ce n'est plus le cas. Je pense que mon meilleur tournoi, c'était le dernier WPT championship. J'étais dans la zone. Je devinais mes adversaires, j'étais dans leur tête. Il y a des moments au poker où apparaît une lassitude. Des moments où l'on ne progresse pas, on n’apprend rien. Cela fait longtemps que ça ne m'est pas arrivé.

Ces WSOP reste un moment de plaisir?
BF : Oui mais pas le même. 2003 a marqué une révolution avec la victoire de Chris Moneymaker lors du main event. Cette année là, nous avons remarqué un changement qui s'est confirmé édition après édition. Je peux rester une journée sans rencontrer de joueurs de ma connaissance. L'anonymat pèse un peu. Un des liens qui unit les joueurs de poker entre eux et ce plaisir, ce sentiment d'exclusivité, le cercle des initiés. Ce plaisir n'existe plus sauf lors du H.O.R.S.E. La moyenne d'âge est passé de plus de 40 ans à 22-23 ans. C'est plus excitant mais moins touchant, moins charmant. Il reste des bons moments. Les world series of barbecue par exemple. Il s'agit d'une soirée organisée par un ancien : Mike Sexton, Doyle Brunson, Howard Lederer ou Steve Zolotov. On se retrouve tous à ce moment comme 20 ans auparavant. Ou encore une bonne table de mixed game au Bellagio.

On vous sent mélancolique.
BF : Oui un peu mais il n'y a pas que de l'amertume. Ces tournois devenus énormes représentent un challenge encore plus excitant. Quand je travaillais à l'ACF comme directeur en tant qu'initiateur du poker dans l'Hexagone, j'aimais retrouver ces membres réguliers, discuter avec eux. Nous rentrons dans une certaine intimité sur une table de poker. Nous discutons, nous apprenons à nous connaître. On reste des heures, des fois sans voir de jeux, il faut bien s'occuper. Ce qui fait le succès de l'ACF, entre autres, ce sont ses membres. C'est un club de gentlemen, de membres. La disposition des salles aide à la rencontre. C'est sûr que ce lieu si particulier et exceptionnel ne se retrouve pas à Las Vegas. Je suis attaché à cette idée, qu'on se réunit pour partager un même plaisir comme lors d'un repas.

 « Je trouve que le holdem, en cash game est l'un des jeux les moins intéressants »

Dans cet état d'esprit, le No limit holdem ne doit pas correspondre à votre jeu préféré.
BF : Effectivement. Je pense que tous les bons jeunes qui apparaissent, même s'il n'y aura qu'un pour cent de ces nouveaux joueurs, cela ne sera déjà pas si mal, feront le même chemin que nous, anciens. Ils viendront au mixed game. Quand j'étais professionnel, je ne jouais quasi exclusivement qu'à l'Omaha pot limit, à Londres ou en Italie. Maintenant, que je ne suis plus professionnel, je ne recherche plus les parties faciles mais celle avec du challenge qui éprouve mes envies de complexité, de calcul, de stratégies. Je trouve que le holdem, en cash game, je précise est l'un des jeux les moins intéressants avec le Razz. D'ailleurs, ces deux jeux avaient disparus des casinos. Au début, à l'ACF, il n'y avait que de l'Omaha. Le mixed game, l'Omaha permettent de jouer plus de mains. Il y a plus d'excitations. D'ailleurs, l'Omaha commence à montrer le bout de son nez, de nouveau à l'ACF.

Vous êtes le « monsieur poker » en France, estimez-vous être assez reconnu pour tout ce que vous avez apporter à ce jeu?
BF : C'est la première fois qu'on me pose cette question. Mon père m'a toujours dit que pour vivre heureux il fallait vivre caché. Je ne prends pas au pied de la lettre cette expression mais elle reste dans un coin de la tête. Elle appartient à mon éducation. J'ai moins besoin de visibilité qu'Elky par exemple. Je n'ai pas besoin qu'on parle de moi pour réaliser des affaires, pour exister. Alors, honnêtement, je crois être déjà un peu trop reconnu. Cela me fait toujours un peu bizarre de signer des autographes, je le fais avec plaisir mais qu'est-ce que c'est, un autographe?

Propos recueillis par Gérôme Guitteau

La tête à l'envers (novembre2009)



Il est minuit moins cinq ce 26 septembre. Aucun tournoi ne s'affiche sur le lobby de pokerstars. Seul un 33 dollars rebuy 3 fois turbo qualificatif pour une place à l'Asian pacific poker tour d'Auckland en Nouvelle Zélande est proposé. Je joue depuis un mois sur ce site. J'ai obtenu trois bons résultats. Pourquoi pas? Comme d'habitude dans les rebuys, je joue très serré. Au bout de 45 minutes, le tournoi devient fou. Les tapis s'enchaînent. J'arrive à la pause avec 50k plus le rajout, j'ai 80k. Les adversaires disparaissent rapidement, sur 109 joueurs, nous ne sommes plus que 59 à la pause. Les 18 premiers repartent avec 700 dollars et un seul avec le package pour le pays des kiwis. En table finale, je double grâce à mes dames. Puis, j'affronte le chip leader avec mes sept, largement dominés par ses huit. Coup de chance, un sept se retourne. Nous ne sommes plus que cinq. J'obtiens les dames. Je paie le petit tapis d'un adversaire qui montre les AS. Je perds. Deux mains plus tard, les voilà de nouveau. Je lutte contre le co-chip leader. Il retourne les rois. Je me crois mort jusqu'à l'apparition miraculeuse de la dame. Il est 2h30 du matin, je pars pour Auckland.
Une première table de rêve
Le tournoi prend place dans le skycity casino d'Auckland. Au bout de trente six heures d'avion et d'attente, je débarque à pied au grand hôtel, il est 9h du matin. J'ai 12h de décalage horaire dans la tête, puisque j'arrive de Londres où le billet valait 800 euros de moins que sur Paris. Le jour1A commence dans trois heures, autant dire que le jour1B me semble bien plus destiné. Première bonne surprise, l'hôtel est de toute première classe. Un sac rempli d'affaire du site nous attend. Résultat : Auckland se couvre de veste rouge ou bleue pendant cinq jours. Malheureusement, le ciel de la capitale économique préfère le noir bien sombre de nuages très concentrés en eau. Il pleut sur la ville. Alors que feriez-vous, seul, dans une ville inconnue où le temps vous invite à rester à l'abri? Prendre un bon livre? Regarder Skynews en boucle? Attraper une pneumonie sous les averses froides de l'hémisphère sud? Nous sommes d'accord : jouer au poker est plus indiqué. Le rake du casino, établi à 10% paraît à première vue prohibitif, si on ne mentionne pas le cap fixe de 12 ou 15 dollars. Dans les faits, la retenue du casino est bien inférieure à celle pratiquée dans notre cher hexagone. En plus, le staff se montre très à l'écoute de la clientèle. Des joueurs sont intéressés pour une omaha? Pas de problème. On veut changer en cours de table les blindes? Pas de problème. Un vent de liberté qui s'apprécie.
A la table, l'ambiance est bonne. De toute manière, le Maori sait se faire respecter, surtout ses 100 kilos. En réalité, la population est très métissée : Maoris, Chinois, Australien, Japonais, Coréens puis plus particulièrement lors du tournoi : Américains, Canadiens, Français venus de la Kanaky (autrement appelée Nouvevlle-Calédonie) ou du fenua ( le « continent» tahitien). Le niveau est excellent pour engranger des sous facilement. Du très passif un peu loose comme on en rêve. De quoi me mettre en confiance avant le premier main event de ma carrière à 3200 dollars. Le hic provient surtout de la team pokerstar venue au grand complet : Tony Hachem, Emad Tahtouh, Eric Assadourian et consort. Lee Nelson dont Elky a commenté le livre (Kill Elky) est présent. Du beau monde même si le field s'est rétréci par rapport à l'an dernier avec seulement 263 joueurs.
La première journée a déjà créé des écarts et cela nous met la pression : Emad Tahtouh a fini avec 165k jetons et deux autres joueurs ont plus de 100k devant eux.
Quand je reviens sur ce tournoi et que je cherche mes moments de chance inévitables pour aller si loin, je ne peux pas m'empêcher de penser au tirage au sort. On reçoit un petit bout de papier qui indique son siège. En fait ce ticket correspond à votre ligne de vie, tout dépend de cette première table. Alors que les three bet et les four bet s'enchaînent sur certaines, la mienne est un rêve. On commence la journée avec 20000 jetons, je monte à 93000 chips en effectuant qu'une mise à tapis et deux showdown. Plus que voler les blindes, mes adversaires défendent leurs mises obligatoires avant d'abandonner au flop, le plus souvent.

Un three barel qui change tout

Mon tournoi doit énormément à mon premier coup. J'observe depuis trois tours la table. Une calling station venue de Chine se tient à deux places de moi. Un pote australien, agressif serré, de Tony Hachem se situe sur ma droite. Ce dernier vient de perdre quelques plumes contre le colleur qui marche sur la table. Il doit avoir 35k devant lui quand je touche VT au cut off. J'envoie 3,5 fois la blinde. La calling en petite blinde me colle. 2 6 7 au flop, il checke, je continue mon agression à 65% du pot. Il colle. Tombe un as, sur lequel je décide de jouer. J'envoie la moitié du pot, immédiatement collé par mon adversaire. Une dame suit. Il checke encore. Je ne le mets par sur un tirage mais plutôt sur une pocket paire. Je ne dois absolument pas montrer ma main aux autres. J'envoie 5k, alors que j'ai déjà investi 5k dans le coup. Le vilain réfléchit, compte son tapis puis lâche l'affaire. Il est calmé, mon image est bonne, je peux commencer mon travail de sape. Plusieurs heures après, un sur-agressif relance en début de parole, le pote de Tony, un semi-pro colle, je fais de même au bouton avec mes 9, persuadé que la grosse blinde va faire tapis. Je veux voir ce qui se produira, j'envisage un squezze. En grosse blinde, le Chinois envoie donc son tapis pour 2,5k. L'ouvreur se couche tandis que l'Australien envoie sa boîte qui se monte à 12k chips. Je possède32k à ce moment là. Le type ne peut avoir que top 3 pour jouer ainsi mais pourquoi n'a-t-il pas relancé avant? Je le fais parler suffisamment pour comprendre qu'il ne joue pas tout son tournoi avec RD. Je me couche. Il montre les As, tandis que la BB dévoile les 10. Bien entendu un 9 apparaît au flop ce qui a défaut de m'énerver me donne confiance. Je sens que les cartes sont de mon côté.

Une première donation

Après 7h de jeu, un Australien qui m'a vu jouer en cash le matin, s'assoit à ma droite avec un tapis équivalent au mien. Il limpe utg+1, je raise avec les As à 1,2k. Il se couche. Main suivante : il limpe Utg, je relance avec As Roi à 1,2k, il me three bet à 3,5k. Il faut toujours se méfier du New York back raise. Je colle. Mon roi tombe avec deux cœurs, je possède l'As. Il ouvre à 5k. Cette mise m'embête. Si j'avais les As, dans sa position, ferais-je pareil? Si mon opposant à As/Roi à coeur, je me retrouve en coin flip, trop tôt dans le tournoi. Je pense que j'aurais été plus prudent, j'aurais préféré un check raise, risquant une carte gratuite. Je paie donc, histoire de ralentir le coup ou de provoquer l'erreur du joueur. Celle-ci survient au tournant. Le valet de coeur apparaît. Il shove immédiatement. Je me retrouve avec une paire max et le tirage couleur max. Je ne comprends pas ce move à part bien entendu s'il veut protéger sa main. Mais une carte effrayante vient justement de tomber. Ce n'est plus la main qui est à protéger mais le tapis. Et quel drôle de manière de protéger ses jetons en les envoyant en première ligne. Je suis convaincu de son bluff, je le fais parler afin de confirmer ma pensée. Et je paye. Il retourne As T à pique pour un three outer qui ne vient pas. Je dépasse les 60 000 jetons soit les 200 BB. Mes blocs sont bien protégés et la course vers la victoire peut commencer.
Cette main me plaît particulièrement pour une simple raison. Elle marque la différence entre le cash game et le tournoi. Dans la première discipline, au tournant, c'est un call instantané qui s'effectue. En tournoi, le temps se contracte, l'erreur n'est pas permise, alors tout devient plus suspect plus tendancieux. Un call évident devient le fruit d'une instance réflexion. C'est pour cela qu'obtenir des jetons rapidement est crucial. Les gros tapis permettent de lier sa réflexion, son instinct avec le move idoine. Quand le premier jour s'achève vers 20h, je suis exténué. Je joue depuis 16h, la veille. Si l'on compte la pause petit dèj, douche et repos de trois heures, j'ai joué 24h sur 28h. Autant dire que je n'ai aucun mal à trouver le sommeil jusqu'à 1h. Je me lève pas très frais mais il m'est impossible de dormir. Alors que faire? Oui, Oui : jouer au poker. Une table d'Omaha Hi s'ouvre. Les mecs balancent les sous, je les récupère, jusqu'à ce que mon wrap à 21 cartes sur le flop s'écrase contre le brelan max d'un vilain. Je pers un pot à 5000 euros et finis la nuit avec un maigre bénéfice. Mais mon poker est en place. Le temps d'une douche et le jour 2 débute.

Le poker commence
Il reste 120 personnes et aujourd'hui, mes neuf compères ne veulent pas voir la semelle de mes chaussures. Je me fais sur-relancer systématiquement. Jusqu'à As Roi au cut off. Je suis three better par le bouton, je le relance encore. Il colle. As roi sept carreau. Je checke, il shove direct pour 30k jetons, il me reste 70k. En cash game, j'ai tellement vu le vilain ou moi-même retourné le petit set, que je me méfie. La probabilité qu'il me mette sur as roi est grande, d'autant que je continue toutes mes mises au flop. Mon move est trop suspect pour risquer un shove à ce moment là. Il ne peut avoir que la pocket sept en main. Je jette en demandant l'horloge contre moi-même. Une fois sorti du tournoi, ce joueur m'assure qu'il avait les sept en mains. Ce lay-down, bizarrement me met de bonne humeur. J'aime coucher des grosses mains même contre un bluff. Cela signifie que je suis concentré, prêt au sacrifice, et que j'ai confiance, genre : « Il y aura des calls plus faciles à réaliser ». Sun Tzu ne me quitte pas, s'il te plait.

Le début d'une histoire

Comme Isabelle Mercier le raconte dans son autobiographie. Dans le poker, on rencontre des gens qui peuvent passer d'endetter à millionnaire, n'est-ce pas M. Moon. On peut s'asseoir à une table, regarder son joueur sur la droite, puis ce mec devient votre meilleur ami, votre pire adversaire. En quelques donnes, votre vie change. That's poker, innit?
Dans une moindre mesure, c'est ce qui s'est produit lors de ce changement de table. Simon Watt se situe sur ma droite. Il a tout du geek. Des mouvements de corps peu assurés, des moves de poker terriblement maitrisés et agressifs. Il est dans son monde, concentré. Juste à sa droite, se trouve Gaël Hervé, un Français de Cassis, extrêmement sympathique, jovial, avenant, un bon pote. Avant le début de la journée, il craint de me rencontrer. Je lui raconte les coups qui ont opposés Saout et Lacay lors du main event des WSOP, histoire de dire que c'est du poker et que si je peux tout lui prendre, je lui prendrais tout. « Je vais jouer serrer », me lance-t-il.
Quand j'arrive sur la table, il avoisine les 60k jetons, largement au-dessus de la moyenne. Simon domine. Un autre joueur s'installe, un sur-agressif que j'ai contré trois fois précédemment. Il est loose sans aucun doute. Après deux tours d'observations, je m'active. Simon ouvre à 2,5k (blindes 300 600) au cut off, je le relance à 8,5k. Le joueur loose me surrelance à 22,5k. Nous possédons à peu près le même tapis (77k). Je décide de combattre. J'ai la position sur lui, je le lis bien, alors, 8-9 de cœur ce n'est pas si mauvais. Le flop tombe : 9 de carreau, roi-dame de cœur. Sans trop réfléchir, il envoie sa boite. Sans trop réfléchir, je colle. J'ai décidé de combattre, le flop n'est pas mauvais. Au pire, il tire les coeurs et dans ce cas, je possède deux bloqueurs. Dans mon esprit, il est impossible qu'il ait as dame, as roi, brelan de 9, peut-être. Mais pourquoi tapis? Je le vois en bluff ou sur l'as de coeur bas, j'ai peur d'as valet ou d'as dix. Il retourne As-4 de coeur. Je suis devant et pressent une bonne fin. Rien ne l'aide, et je prends la deuxième place du tournoi. Simon me fait remarquer que je l'ai relancé avec une main très moyenne. « Je n'oublierai pas », m'avertit le jeune néo-zélandais. Pendant trois tours, il me prend mes blindes. Je l'observe. Techniquement, il est très bon, définitivement meilleur que moi. Je dois le piéger. Si je veux aller loin, je dois le dominer. La table ne doit pas casser avant un long moment. Mon stack m'avantage. En bataille de blindes à 1k-2k, il relance à 6,5k, je le raise à 22,5k, il shove. Si je paie et perd, je retombe à 80k jetons, au-dessus de la moyenne. Je décide de caller avec as/2 offsuited, il retourne VT. Un dix se retourne en premier puis un deux, et c'est tout. Simon prend le chip lead du tournoi. En même temps que je peste sur mon move hasardeux et surtout stratégiquement inutile, je reçois les valets. J'entends Gaël annoncé raise, je re-raise à18,5k.Il shove. Le tilt salvateur pointe son nez, je suis. Il retourne les As. Le temps que le flop se retourne, qu'on se serre la main avec Gaël, je me remémore la phrase de mes potes mahorais. «T'es capable de bâtir une superbe villa en cinq minutes et de perdre un château en 1h.» Je me maudis jusqu'à ce que le flop laisse apparaître un valet. Gaël est abattu, je tente de garder mon calme. Il m'en voudra pendant toute la soirée. Le lendemain, il avait déjà accepté la cruauté de ce jeu et m'encourageait. So gentleman, Gaël !
Après ces quelques minutes de folie, le tournoi est devenu un long fleuve tranquille; J'ai géré en bon père de famille mon tapis. La bulle m'a rapporté plus de 100k jetons, de quoi finir dans l'argent avec 315k jetons. Je suis cinquième, loin derrière Jason Brown et son presque million. Simon est deuxième à 530k.
Le lendemain, je décide de jouer serré. Je n'ai pas vu beaucoup de mains jusqu'à présent : Une fois les As, trois fois les dames et deux fois les valets, deux As/Roi en 20h de jeu. Mon image à table est catastrophique. Il est vrai que j'ai terminé la journée d'hier en relançant tous les coups. Vive la bulle ! J'espère toucher aujourd'hui et passer les niveaux d'argent tranquillement.
Simon Watt se situe à deux places de moi sur ma gauche. Il ne varie pas son jeu et reste dominateur à table. Il veut éradiquer les petits tapis et perd beaucoup à ce jeu là. Moi, j'attends. Je rafle un tapis avec As/Dame puis j'obtiens les rois au bouton. La petite blinde a quadruplé depuis le début de la journée. Elle est euphorique et n'a cure de ma relance, elle boîte. Je paie et remporte le pot, son AS/7 ne trouvant rien sur le board. Le troisième moment de chance intervient quand nous ne sommes plus que deux tables. Tous les gros tapis se retrouvent ensemble. Seul Michael Shinzaki et ses 700k jetons m'inquiètent. Sans se le dire, nous décidons de nous partager la table jusqu'à l'arrivée de Jason Brown. Ce joueur est en rush, il sort les AS comme un magicien les lapins. Sa chance est telle qu'il effraie tout le monde. Il ouvre de manière classique au bouton à 26k. Je regarde mes cartes : AS/Dame. J'annonce une sur-relance à 88k. Je pense que cela suffira à le coucher. Malheureusement, le croupier a mal entendu et annonce une sur-relance minimale. Jason colle à 52k. D 10 4 tricolore. J'ouvre à 88k. Je pense que c'est une bonne mise pour signifier la peur. Une sorte de continuation bet faiblard. Cela peut exciter un gros tapis. Le souci, c'est que cela l'excite un peu trop. Il envoie tous ses jetons au milieu de la table. Le flop ne présente pas beaucoup de tirage. Cette mise démesurée ne peut représenter qu'un bluff. A tête reposée, loin de toute pression, cela semble évident, mais quand tout un tournoi aux antipodes se joue sur cette décision, le call devient plus dur. Et si c'était un très bon joueur possédant son set, qui a compris que j'avais AS/D. Il a collé un three bet quand même. Je paie en me réconfortant : « Je suis dans l'argent, j'ai bien gagné en cash. Si je dois aller plus loin dans le tournoi, c'est maintenant. » Jason retourne 6/7 de cœur. Je respire... un peu trop vite. Le trois de cœur au tournant offre un tirage ventral et un tirage couleur. La rivière me fait passer chip leader.

Une guerre froide entre gros

Jason revient dans la partie en obtenant une quinte ventrale sur la rivière. Il prend tout le tapis d'un adversaire. Nous sommes tous les deux aux alentours de 900k. Il est juste à ma droite. Il ouvre UTG. Je colle avec les valets. Au flop tombe un AS. On décide de checker jusqu'à la rivière en guise de paix. C'est notre calumet. Nous sommes trop gros et trop plein d'espoir pour se battre. On attendra la table finale.
Un tour plus tard, rebelotte, il ouvre. Cette fois-ci, je sur-relance à 150k avec mes dames. Il colle et me fait comprendre qu'il a as/roi. Le flop se joue en bas, j'ouvre, il folde, on se montre nos jeux. Il avait bien AS/roi. Cette bonne entente est discutable. Au vu des cartes et des boards, si je décide de jouer mes valets à fond, sans signe de non agression, nul doute que Jason serait parti à tapis avec son As/Roi, pour quel résultat? Personne ne connaît la turn et la rivière de ce coup. L'agressivité est une règle du poker, la prudence et la patience sont ses valeurs. Jouer professionnellement exige de limiter la part du hasard dans les résultats. J'ai un gros stack, un edge sur pas mal de joueurs et un tell sur le meilleur d'entre eux. Pourquoi prendrais-je des risques? Je termine le troisième jour avec un quart des jetons du tournoi, 1,2 MK, et large chip leader.
La table finale n'est qu'une formalité, les éliminations s'enchaînent. Nous ne sommes plus que quatre. Jason, Simon et moi-même tournons autour du 1,5MK, Ke Sijia, joueur très serré n'a plus que 600K devant lui. Il est la cible. Le problème réside en Simon Watt, qui n'a pas compris et prend de gros risques. Sur un flop tricolore (VT6) il m'envoie la boîte. Je discute avec lui. Je le mets sur un semi-bluff, je possède AS-8 de carreau. Je décide de faire l'acting, de lui faire croire que je couche une grosse main. La pause survient juste après. Avec Jason, nous tentons de lui inculquer quelques notions de stratégies. « Tu viens de jouer un semi-bluff à 90k dollars, tu te rends compte? Attendons d'être trois, on deal et ensuite tu joues comme tu le sens.
_Je ne veux pas dealer, je suis là pour jouer et je suis plutôt fier de mon move, » rétorque le jeune d' Auckland.
Il nous laisse pantois. Malgré tout, il me livrera six walk de suite. Preuve qu'il n'était pas totalement inconscient. Je finis par sortir Ke Sijia. Je me retrouve avec 2 MK de jetons, Jason a 1,4MK et Simon 1,7MK. Je demande le deal qui est conclu malgré les réticences de Simon. Nous jouons quand même le package pour Sydney et une certaine somme d'argent pas négligeable et … la gloire d'un titre international. Jason préfère nous laisser seuls et s'envoie en l'air avec une paire de cinq contre les rois de Simon. Il avait atteint son objectif.

A bad beat or not a bad beat?

Je suis donc en heads-up contre le meilleur joueur du tournoi malgré la team pro de poker stars, Simon reste au-dessus du lot. Il établit très bien le range de vos mains. Il est meilleur techniquement que moi. Mon arme réside dans une très bonne lecture du personnage. J'ai un tell dont je suis sûr à 100%. Cela fait trois jours que l'on se joue, que je prépare mon piège.
Première main, je relance à 75k (15k 30k de blindes), il sur-relance à 200k, je passe. Deuxième main, et c'est moi qui sur-relance. Troisième main, je passe ma petite blinde. Nous sommes tous les deux très agressifs, donc en tête à tête, la position préférentielle se situe en premier de parole au flop. J'en suis convaincu. Quatrième main, je le sur-relance à 200k, il passe. Je passe ma petite blinde encore une fois. Cinquième main, il relance à 75k, je sur-relance à 200k, il réalise un four bet à 450k. De suite, je le mets sur un AS avec un faible kicker. Je décide de coller avec valet-8 de trèfle. J'aurais pu posséder 7-2 dépareillés que j'aurais collé pareillement. Je connais sa main, en tout cas, je suis prêt à parier mon tapis sur cette lecture. S'il se retourne un valet ou un 8 sans AS, je checke pour l'obliger à shover. Si rien ne vient au flop, je shove.
7/8/10 apparaissent comme dans un rêve. Je checke. Simon hésite, hésite. Me serais-je trompé? Il ne va pas commettre l'erreur. Il va checker mettant en péril mon piège. Le pot est d'un million ce qui me donne un net avantage mais je préfère en finir maintenant. S'il te plait, shove. « I'm all in ». A peine le temps de réaliser que mon rêve se produit, j'ai déjà collé. Simon fait la moue, il a peur de valet 9, une main que je joue souvent. Il lui reste trois as, si je n'améliore pas mon jeu. Le public scande « Ace! Ace! ». Hélas, l'As tombe au tournant. C'est le délire au Sky city d'Auckland. Je garde espoir. Je joue un huit, un neuf ou un valet. 9 cartes. 18% de chance. Non ! Rien ne vient me sauver.
Il me reste 500k jetons que je livre en shovant de petite blinde avec roi/7 de trèfle. Simon colle avec ses 5, qui tiennent. Cinquième tête-à-tête perdu en deux mois sur des tournois moyens ou gros. J'accuse le coup. Emad Tahtouh second de l'EPT Londres me réconforte à la soirée Pokerstars. Il a attendu son neuvième heads up avant de gagner. J'entends ici ou là des commentaires sur le move décisif. « Pourquoi il n'a pas poussé tapis en premier? » constitue la question récurrente de la soirée. Perso, je suis vanné, à minuit je rentre dans ma chambre d'hôtel, mort de fatigue, déçu. Le lendemain, Gaël me remet les pieds sur terre. Je viens de réaliser le rêve de nombreux joueurs amateurs. Avant le tournoi, j'aurais signé les yeux fermés pour ce scénario. Je reste amer quand même. Ce qui me chagrine, c'est de revenir sans le package pour Sidney. Je veux revivre ces sensations. Rejouer un main event, le plus rapidement possible. Et ça, seules les cartes peuvent me dire quand je rejouerai dans un événement de cette importance. Ne me faites pas trop attendre, s'il vous plaît.
Gérôme Guitteau

CV poker

Expériences professionnelles dans le poker
Depuis Avril 2011             Chroniqueur à Live poker
Déc 2008-Juin 2009           Pigiste pour Card Player France
Jan 2005-Fév 2006             Journaliste à la Soma presse éditrice de Mayotte Hebdo
2004                                     Journaliste reporter d'images à Télé Toulouse (TLT)

Résultats dans le poker(pas exhaustif)

Mai 2011                              Septième sur le Omaha bounty de la finale EPT à Madrid
Avril 2011                            Deuxième du classement des Scoop sur Pokerstars
Janvier 2011                        Vainqueur de l’Xtase sur Winamax, deux fois du Sunday Omaha sur PS
Décembre 2010                   Vainqueur du Sunday special, d'un night on stars et du 20k de full tilt
Septembre 2010                  Quarantième du WPT London classic
Mars 2010                            Deuxième du deepstack du cercle Gaillon pour 35k euros
Décembre 2009                   Neuvième en Omaha des European series de l'ACF
Novembre 2009                  Premier ex-æquo de l'Omaha du Cercle Wagram
Novembre 2009                  Premier du 50 000$ re-buy sur Pokerstars
Octobre 2009                      Deuxième de l'APPT d'Auckland en Nouvelle-Zélande
Septembre 2009                  Premier du 20 000$ re-buy de Pokerstars
Septembre 2009                  Neuvième du WCOOP Omaha-Hi and Lo
Août 2009                            Deuxième du 75000$ de Pokerstars

Quelques conseils poker

Voici une série de conseils rapides au poker. Ils étaient prévus pour une nouvelle émission disponible depusi le 24 septembre sur pokerchannel, luckyjack et télécreyol : paradise of poker. En attendant d'y participer, je fais profiter, les néophytes.


La première fois dans un cercle ou casino
Les conseils concernent un moment unique chez un joueur de poker : sa première fois dans un lieu dédiée au poker : dans un casino ou un cercle de jeu.
La majeure partie de nos parties se jouent entre connaissances. Nous développons des habitudes et un certain confort.
Alors quand on franchit la porte du temple du jeu, de préférence en arrière, ça porte plus chance, toutes ces habitudes et ce confort disparaissent. Les autres membres de la table ne vous connaissent pas. Généralement, il y aura toujours un ou deux habitués (minimum), qui vous feront comprendre que vous êtes chez eux. Ils vous mettent la pression gentiment afin de vous déstabiliser.
Pari réussi. Le contexte vous impressionne un peu, les sommes jouées dépassent de très loin vos limites et le niveau des joueurs présents vous semblent insurmontable.
Premier conseil : Respirez. Le niveau n’est pas si élevé que ça. Et  si vous n’êtes pas à l’aise faîtes en sorte de sortir vos adversaires de leur zone de confiance. Ils ne vous connaissent pas. Vous avez l’effet de surprise pour vous et c’est l’essentiel.
Deuxième conseil : L’important en cash game c’est de bien savoir ce que vous représentez pour vos opposants. Dans quelles catégories ils vous placent ? Leur égo vous placera toujours en dessous d’eux. Tant mieux, ils vous prennent pour un fish, surtout ne vous battez pas pour leur faire croire l’inverse. Ainsi, vous savez qu’ils ne vous blufferont pas sur des gros montants, mais ils vous mettront la pression sur des pots petits et moyens.
Troisième conseil : Mieux que fish, c’est de passer pour un joueur faible, apeurés par les montants. Ils n’hésiteront pas à faire des moves osés contre vous. Repérer bien leurs mises et vous empocherez le pactole. Demandez-vous toujours ce qu’ils pensent de vous et ce que vous battez.

Dernier conseil qui peut paraître anecdotique mais qui ne l’est pas tant que ça. Quand vous gagnez, n’oubliez pas de récompenser le croupier d’un petit pourboire. Se mettre bien avec le floor, donne des petits avantages non négligeables surtout en cas de litiges.

UTG et son évolution
UTG, trois lettres qui forment un mythe. Une terre promise aux experts du poker, abandonnée par les amateurs.
Etre under the gun c'est-à-dire en premier de parole sur le premier tour d’enchères. Cette position est celle qui a le plus évolué depuis l’essor du poker.
Nos chères têtes blondes venues de Scandinavie ont inversé le raisonnement de base. Puisque tout le monde sait qu’on a du jeu qd on ouvre UTG, je vais ouvrir avec des poubelles comme ça je peux jouer avec deux jeux : celui que je possède et celui que laisse supposer ma relance UTG.
Alors fort de cette expérience, dans des parties avec des tapis profonds de plus de 80 bb beaucoup de joueurs les ont contrés en relançant des dernières positions provoquant encore plus d’actions. Puisque un four bet dans ces conditions devient difficilement payables, pire s’il colle, l’action se décuple.
Pour ne pas se retrouver déplumer en moins de deux, une sélection de main spécifique à UTG existe. Les bons vieux connecteurs assortis à partir de 7/6 et les gaps à partir de 9/7 feront l’affaire.
Attention à valet/dix. Il vous fera rentrer dans des coups hasardeux avec des joueurs dont la range aura touché au flop en même temps que vous. Pour joueur UTG les cartes hors Broadway sont plus efficaces.
Au flop, il s’agira de choisir entre le check raise d’un CBET classique ou d’une nouvelle arme le donk bet, ce qui signifie que vous misez en premier. Habituellement ce move était réservé aux joueurs débutants dans une sorte de contrôle du pot désespéré autrement nommé blockin bet, encore une fois l’inversion du raisonnement peut provoquer la perte de votre adversaire, mais cela est une autre histoire.

Les tours d’enchères

Le holdem poker se constitue de quatre tours d’enchères, nommées streets en anglais. L’erreur basique consiste à ne voir aucune différence dans ces quatre moments de rencontres entre les joueurs et le board.
La première enchère, préflop permet de prendre l’ascendant sur le coup et d’établir une range assez large de vos adversaires. Elle sert aussi à faire monter le pot. C’est le début de l’histoire, tout le monde prend ses marques. Il s’agit essentiellement de bien sélectionner sa main.
La deuxième enchère vient après la mise en commun de trois cartes. Nous sommes au flop. Elle sert à prendre le pot sans montrer ses cartes et/ou à établir précisément la range adverse.
La mise au turn, après l’apparition d’une quatrième carte commune, est un moment difficile à maitriser. Là se joue la différence entre les très bons joueurs et les autres. Tout est permis au turn car tout dépend de votre lecture du coup. Vous avez établi une range précise de votre opposant. C’est à vous de voir. Prendre le pot en semi-bluff, maîtriser la taille du pot, donner ou prendre une carte gratuite, abandonner le coup. Le turn est la mise des bluffs et des grosses valorisations.
La rivière maintenant. C’est la fin du coup. Toutes les données sont acquises. La créativité est donc limitée. Vous concluez votre action selon la ligne tenue lors de la donne. Bluff, piège, petite valorisation, abandon. Dans tous les cas, aucune action intempestive n’est souhaitée, rien de soudain. Vous concluez votre histoire selon le board et la range adverse identifiée. C’est la mise la moins compliquée du poker. On peut dire qu’elle va de soi. Bluff ou valorisation, cela dépend de votre espérance de gain et des risques encourus. Laissez-vous aller, faîtes parler votre instinct autrement appelé bon sens et tout devrait bien se passer. Si cela ne vous réussit pas, il restera toujours la belotte entre amis.

La sur-relance
Nous abordons ce soir, l’action que nous détestons rencontrer et que nous adorons réaliser : la sur-relance ou trhee bet en anglais. Quand c’est vous qui agissez le cœur se met à battre, quand vous vous le prenez, c’est le mal de tête qui vous envahit à moins de posséder le jeu max et là c’est un raidissement joyeux qui vous étreint. Sensation malheureusement trop rare.
La sur-relance c de l’action, c du jeu à haut risque où le poker gentil et mou de papa n’a pas de place. Le pot monte, les jetons volent. Les cas de three bet se sont vraiment accrus ces dernières années avec l’essor du poker online très agressif.
Le premier cas, le plus répandu : la sur-relance au bouton ou au cut-of voire de plus en plus au hi-jack d’un joueur en début de parole. Vous montrez de la force afin de prendre le pot immédiatement ou au flop. Vous bénéficiez de la position. Ce coup ne vous coûtera pas énormément et vous rapportera de manière régulière. Il faut le réaliser de manière fréquente mais pas obsessionnel.
C’est une arme efficace dont on ne doit pas abuser mais quand même...
Si vous avez plus de 80bb, vous three béter any two, peu importe votre main, c’est le timing qui compte. Entre 40 et 80 bb, les gros connecteurs assortis, as-roi, as- dame appareillée et vv+ . Entre 20 et 40 bb, les connecteurs disparaissent. En-dessous de 20 BB, vous partez à tapis avec as-roi et au-dessus de la paire de 88.

La bataille de blindes

Nous nous intéressons à un moment particulier du tournoi : la bataille de blindes.
Elle intervient dans un tournoi quand tout le monde a foldé jusqu’à la petite blinde. Il ne reste plus que la grosse blinde a évincé pour s’emparer du pot, gonflé par les antes. La tentation est grande, alors, de relancer. Le souci, c’est que la grosse blinde le sait et elle se dit que vous ne devez pas avoir grand-chose et donc elle sur relance. Maintenant, la grosse blinde a sur-relancé, vous vous dites qu’elle peut posséder n’importe quoi en main puisqu’elle sait que vous pouvez miser sans rien. C’est le début de la bataille.
Que faire ? Abandonner ? Relancer ? Ce qui est sûr c que la maîtrise du pot s’avère difficile, le pot est déjà gros et vous êtes hors de position.
Alors ce que je peux vous conseiller, c’est de garder votre ligne de départ. Il ne s’agit pas de tenter des moves avec des mains moins fortes qu’habituellement.
La vraie question que vous devez vous poser est celle de l’importance du pot pour votre tapis. S’il vous faut les blindes parce que très court en jetons alors l’agressivité est de mise en revanche si vous possédez un gros tapis tout comme votre opposant, la maîtrise du pot voire l’abandon préflop d’une main très moyenne peut être salvateur.
Personnellement, je privilégie un jeu conservateur en petite blinde. On joue la règle. Pas de fantaisie.
En, revanche, en grosse blinde, on peut se permettre plus de fantaisie toute en ayant conscience que la maîtrise du pot lors des batailles de blindes est très difficile. C’est pour cette raison, que les connecteurs assortis ne sont pas très utiles surtout que nous affrontons qu’un seul adversaire. Le broadway se joue allègrement, quand même, tandis que les petites paires doivent restées prudentes. C’est un bon moment pour piéger votre adversaire. Il aura tendance à être trop agressif. C’est aussi le moment de l’attraper en bluff.

Les blocs de blindes
Abordons maintenant un sujet passionnant et très débattu dans la communauté : les blocs de blindes et leurs incidences sur notre jeu.
Plus vous avez de jetons par rapport aux blindes, plus le jeu post-flop prend de l’importance. De nombreux joueurs de tournoi aiment jouer en-dessous de 40BB, ils possèdent un edge préflop et évitent ainsi de voir trop de flop. Quand le flop arrive, l’improbable le suit et avec une plus grande variance.
La majorité préfère quand même posséder un max de jetons. Cela protège des bad beats et développe la créativité.
C’est vrai que lorsqu’on a la chance d’être au-delà des 150BB, on a l’impression de marcher sur l’eau. On peut en imposer à la table sans risque. On peut tout jouer à toutes les positions. On menace systématiquement les tais des autres. C’est sûr que la passivité ne peut pas exister à 150BB. 
En revanche, le débat commence pour les tapis entre 80 et 120 BB. Perso, l’agression est de mise. Je ne laisse pas respirer la table, surtout online, quand c la table finale qui rapporte. On doit aller loin. Il ne faut pas jouer any two quand même, mais tous les connecteurs sont relancés ou three beter en position. D’autres préfèrent profiter d’un deep run certain et d’attendre les cartes. Faut-il encore rencontrer des configurations favorables. La plupart du temps on va fondre bêtement,  mon avis.
Entre 40 et 80 BB. La patience se justifie plus même si là encore je privilégie l’action et l’ouverture de sa main, en faisant attention au timing et à l’agressivité. C’est la période où dans tous les cas, la maîtrise du pot doit être comprise. Vous affrontez beaucoup de situation où votre adversaire sera loin devant ou loin derrière. C’est le moment du tournoi où je vais beaucoup induire des bluffs. Je me prends beaucoup la tête entre les hero fold et les hero call. En début de parole, les mains à gap ou les connecteurs sont préférés en cas de three bet à as/valet ou as/dame, même as/roi n’est pas une très bonne main à ce moment là.
Entre 20 et 40 BB, tout le monde voit midi à sa porte. C’est un moment où beaucoup aiment gambler, semi-bluffer, d’autres préfèrent patienter et ne pas perdre des jetons précieux quand les mains se présenteront. Mais dans le même temps, il faut aussi monter son stack. L’équilibre entre les deux est très mince. Dans cette configuration, le jeu en position est primordial à mon sens. Il faut bien sélectionner ces mains et les jouer à fond, être serré agressif. Sur le net, as-roi part à tapis, en live c’est différent, plus de prudence est bienvenue.
Entre 10 et 20 BB. Le mental joue un rôle important. Il ne faut pas craquer, attendre le spot idéal pour doubler. C’est le moment des squeezes, et des three bet à tapis. Vous avez encore de la fold equity, c’est à dire que votre tapis peut encore faire mal ; vous serez payer que par des premiums. Le jeu se déroule essentiellement préflop pour vous. Si vous voyez un flop c’est pour faire un stop and go, c’est tout.
En dessous de 10BB, la situation est critique. Il va vous falloir de la chance pour remonter. Vous ne pouvez pas faire folder grand-chose. S’il n’y a pas eu de relance avant vous : les as à partir d’as/neuf sont corrects, roi/dame aussi. A partir du Cut-off les connecteurs assortis sont valables. Il va falloir toucher. Bien entendu, toutes les paires sont all in.

Côte implicite/côte directe.

La côte. Un mot magique totalement galvaudé par des joueurs qui s’en servent comme prétexte pour ne pas lâcher leur main. Avoir la côte, c'est-à-dire jouer un coup parce que votre espérance de gain est positive. On peut la calculer directement par rapport au seul pot à l’instant T. G tant à mettre pour gagner tant.
Un autre calcul comprend le calcul du tapis adverse. Vous avez établi votre adversaire sur quelques mains. Vous prenez le pari que si votre carte tombe, il ne foldra pas. Exemple, vous savez qu’il a un brelan et vous êtes sur un tirage quinte. Si elle tombe au tournant, il ira chercher sa doublante et payera encore une mise rivière. Donc vous prenez en compte le pot et le gain potentiel par rapport aux chances que vos cartes ont de sortir : c’est la côte indirecte. Cette dernière est la clef de certains calls qui peuvent paraître border line.
La côte indirecte est primordiale quand on joue en cash game deep (supérieur à 100bb). En tournoi, elle sert surtout avec les connecteurs.
Il est impératif de connaître les tapis adverse et le type de joueur qu’on affronte. Si vous possédez une image de joueur large et très agressif, c’est parfait car si vous touchez, les folds de grosses mains adverses seront impossibles.
Il ne faut pas hésiter à overbéter cela signifie une mise démesurée par rapport au pot. SI vous êtes sur que votre adversaire ne jettera pas et que vous avez les nuts ou second nuts, mettez tout dans le pot. Vous serez surpris par la range de call.

Les masses plus importantes que le board ?

Nous nous attaquons à une grande question du poker : faut-il jouer les masses au poker ou le board ?
Je m’explique : jeu max étant rare, certains joueurs grâce à un tapis important par rapport à leur adversaire, ne regarde pas les cartes communes et font confiance à leur force de dissuasion : leur tapis.
A mon sens, même si cela fonctionne de temps à temps, c’est une erreur. Au poker c’est le board qui compte : est-il drawy, y-a-t-il beaucoup de tirages ? Sur quelles cartes je peux m’appuyer pour faire peur ? Et cætera…
Envoyer des jetons en s’appuyant seulement sur sa fold equity n’est pas valable à long terme. C’est plutôt le signe d’un manque de maîtrise du jeu. Le poker est un jeu de réflexions et de paris. Même s’il est bon de se simplifier au maximum la vie, quelques prises de tête feront du bien à votre intellect.
Les masses servent à abaisser la pression lors d’une décision, et à l’inverse, elles servent à mettre la pression sur votre adversaire mais en aucun cas elles n’éludent la réflexion sur la range adverse. Une donne reste une donne et la victoire se construit main après main.
Une exception à ce raisonnement existe, il s’agit de ce moment unique et vraiment jouissif de la bulle. Lorsqu’il ne reste qu’une poignée de joueurs à éliminer avant les gains. Si vous êtes devant un gros tapis à ce moment là, vous pouvez tout envoyer. Il n’y aura que nuts qui pourra payer. Le risque de perdre trois jours de tournoi et quelques milliers d’euros sur une décision moyenne joue indéniablement en faveur du gros tapis.
Au poker, regardez d’abord le board et les mises, seules informations viables sur le jeu adverse, ensuite vous devez regarder les tapis afin d’affiner votre réflexion et en dernier lieu vous pourrez penser de manière rapide et non déterminante à l’historique entre vous et lui.

Les positions en nombre de jetons Bonsoir,
Shortstack, deep stack, crippled… Tous ces termes ne vous disent rien. Pas d’inquiétude, on vous explique tout.
Être short stack, avoir un petit tapis, implique un comportement défensif qui rejoint les tactiques de la guérilla. « Le but final d’une guerre défensive ne doit jamais être absolument négatif (préservation), et que, si faible qu’il soit, le défenseur doit toujours menacer son adversaire et chercher à le frapper. L’attaque, sans doute, [en tentant de conquérir le petit tapis] se fatigue, mais, tant que le revirement des forces ne se produit pas, elle n’a guère à s’en inquiéter, en ce que la défense s’affaiblit plus encore, d’abord parce qu’elle est habituellement la moins forte des deux et qu’à pertes égales elle souffre par conséquent davantage, » assure Karl Von Clausewitz, un stratège allemand.
La stratégie devient plus subtile avec plus de jetons entre 20BB et 40BB. Nous devons rester en mode défensif mais : « il[Le petit tapis] peut recourir à de petites actions offensives, invasions, diversions, entreprises contre des forteresses isolées et autres opérations par lesquelles il se propose bien moins une conquête définitive qu’un avantage provisoire, » confirme l’auteur mythique de « De la guerre ».
Au-delà de40BB, on devient deep stack, notre tapis a beaucoup de jetons. Entre 40 et 80 BB, il existe deux choix : patienter et attendre que les rencontrent se fassent (vous cherchez le deep run et l’itm). L’alternative : attaquer et chercher  l’accident afin de grossir et d’aller chercher la victoire à tous prix. 
En ce qui concerne le gros tapis, au-delà des 100 bb nous ne l’évoquerons pas, tant la réponse semble universelle et évidente  et se résume à un impératif : Attaquer.