Citation en préambule : « L'admiration d'une qualité ou d'un art peut être si forte qu'elle nous empêche de nous efforcer d'en obtenir la possession. » Nietzsche
Après la pensée unique, une forme de jeu unique tente de se mettre en place autour des tables de poker. Une voie royale vers le succès pokéristique semble exister. Malheureusement, beaucoup de joueurs se retrouvent sur le bas de côté de la route. Quelles sont les raisons d’une telle divergence ?
Si Moneymaker a catalysé la première révolution du poker au début des années 2000, l’apparition des joueurs ultra agressifs comme Tom « Duuuur » Dwan ou plus récemment Victor « Isildur1 » Blom a constitué une seconde révolution bien moins spectaculaire mais tout aussi importante pour le poker hold’em. La concomitance entre le style développé et l’envolée de leurs gains a fait rêver plus d’un joueur de poker. Le style aggro a été popularisé à outrance. Outre que les sites de jeux en ligne se frottent les mains au vu des monster pots ainsi créés à toutes les limites, la possibilité de gagner sans attendre les cartes a ouvert des perspectives et des possibilités sans limites.
Cette manière de jouer a éclipsé « le poker prudent de papa » et s’est installée comme la référence ultime du texas hold’em. Tel le petit livre rouge, la doxa de l’agressivité se répand sur toutes les tables. Dans le même temps, les déceptions et les étoiles filantes se multiplient au sein de la communauté de joueurs.
Cela signifie-t-il que l’idée d’une vérité unique concernant le poker est vaine ? Il n’existerait pas de voie royale menant au succès irrémédiable ? Autant vous l’écrire de suite, je ne sais pas, j’en doute fortement. L’important se porte ailleurs, à mon sens. Il s’agit plus de mettre en concordance notre profil psychologique avec une ou plusieurs technicités pokéristiques.
Approche mathématique contre approche psychologique
La question essentielle à se poser est : Pourquoi jouons-nous à ce jeu de hasard qui délecterait le marquis de Sade tant il pousse loin les notions de sado-masochisme? Il ne s'agit pas de savoir si vous êtes là pour vous amuser ou pour vivre du gain. Un regard rapide des pratiquants vous donnera une réponse précise. François Montmirel a déjà détaillé l'essentiel de nos motivations. Non, ce que je veux mettre en perspective, ce sont les pensées diverses et éclectiques que les joueurs se font du poker, sur l'essence même de ce jeu. Je simplifie mon propos et ne retient que les trois visions les plus rencontrées autour d'une table de poker.
La première, première car la plus partagée par les non initiés consiste à prendre le poker pour un simple jeu de chance marrant. Avec eux, rien n’est joué avant de voir un flop. As/roi contre as/dame, As/4 vs 9/9 correspondent à un coin flip. Ce type de joueur colle la blinde puis accepte de payer une mise dix fois plus grosse, hors de position avec un bon dame/neuf des familles. « C’est une belle main quand même. Je peux faire quinte », assure la vilaine calling station. Une CS qui se transforme postflop en un agresseur surjouant sa main. Le top du move chez ce joueur, consiste à check-raiser sans fold equity son tirage couleur ou tirage quinte par les deux bouts. En résumé, il s’agit d’une crème caramel qui vous restera sur l’estomac pas mal de soir mais si bonne à déguster.
La deuxième consiste à prendre cette activité pour un divertissement de traders ultralibéraux et capitalistes. Si, effectivement, tous les joueurs rêvent de ne plus raker et de ne plus être embêté par les services fiscaux, cette perception du poker rencontre un franc succès par rapport à son approche mathématique. Elle induit des références très rassurantes pour le quidam bouffé par l'adrénaline et qui veut tâter « du jeu le plus violent qu'on puisse pratiquer assis ». En bref, les riches deviennent de plus en plus riches, ce qui exige une gestion de sa bank roll exemplaire puisque le plus riche gagnera toujours, soyons-le à nos limites définies. Cette vue du poker exige un calcul précis et répété du tapis adverse, de son tapis, une connaissance exacte de la structure du tournoi. Les probabilités constituent la référence intellectuelle primordiale et quasi unique de ce poker. Combien je risque pour quelle espérance de gain? Je possède telle main, quels sont les risques pour qu'il ait une meilleure main? Etc.... Le temps, le gain n'existe que dans le long terme. C'est le célèbre tu perds mais tu gagnes de Sklansky. Cette idée de long terme renforce la certitude innée que si l'on respecte le dieu math, on matera la variance et ses adversaires. Les bad beat ne sont plus qu'un impôt inhérent à ce jeu de hasard qui ne l'est plus puisque les mathématiques assurent des gains... pourtant variables selon les joueurs.
Comment le fossé peut-il se creuser entre joueurs utilisant et connaissant ces mêmes probabilités? « Sur le long terme », nous rencontrons tous les mêmes configurations. Alors? La réponse se situe dans la troisième vision du poker. Tels les Chiites, ils sont moins nombreux mais pas forcément moins en réussite que les tenanciers de la deuxième vision.
La clef c'est l'imaginaire
L'idée générale de ce poker renvoie les joueurs à leur territoire : cette fantasmagorique table ovale. A ce lieu de toutes les libertés. Ce que j'aime dans le poker se tient en cette seconde où les fesses se posent sur le siège, vos yeux sur les joueurs. Et là, votre imagination agit, appuyée certes par votre expérience et par votre intelligence. Il s'agit de votre imaginaire, plus ou moins perspicace, qui fera d'un opposant un aggro, une serrure, etc... C'est votre imaginaire qui vous permettra ou pas de ne pas sombrer face à ce vertige libertaire que représentent vos deux cartes privatives et ce board commun.
« Avec de l'audace vous pouvez tout entreprendre mais pas tout faire », affirmait Napoléon. Cet adage est faux au poker, vous pouvez tout entreprendre, tout faire. Vous êtes le seul maître à bord : jouez serré, large, agressif, passif, mêlez le tout. L'impératif n'est que créatif. Vous n'êtes pas obligé d'être courageux, vous pouvez être fourbe. Être un sniper ou partir à l'abordage panache blanc en main. Vous pouvez squezzer, limper, relancer selon la règle... « Expérimenter, c'est imaginez » tance le philosophe allemand, le poker n'est-il pas un jeu d'expérience? N'hésitez plus et imaginez.
L'utilisation de cette liberté me ramène au monde des pirates du XVIIIème siècle. Vous attendez le galion plein d'argent, vous le renversez puis vous vous carapatez à l'abri des impôts et du travail. Le gain est peu sûr, les périodes de vaches maigres longues mais la liberté emplit votre vie au quotidien. Pas d'heure, pas de patron, pas de morale à part celle de l'honneur. En effet, s'il existe bien un lieu où je peux laisser mon argent au vu et au su de tous sans craindre pour lui, c'est bien autour d'une table de poker.
Pour aller plus loin dans l'analogie, j'insiste sur le fait que les meilleurs livres de poker que j'ai lu traitaient de stratégie militaire. Tel les sept traités de guerres chinoises dont les célèbres « Art de la guerre » de Sun Tzu ou le « Code Militaire » du grand Maréchal Sse-ma-fa. La guérilla comme la piraterie concernent le poker hold'em.
Dans ce cadre, pour revenir à un sujet plus concret, vous jouerez plutôt small ball si vous affrontez des richissimes russes qui balancent les jetons de mille euros comme certains des miettes sur un t-shirt. Vous chercherez l'accident incessamment afin de déstacker votre adversaire sur une grosse main, ou, vous lui faites mal petit à petit, puis le moment venu, vous affrontez votre adversaire cartes en main tel Arminius contre Varus*.
Le poker est une Odyssée
Dans cette histoire peu importe le tapis de votre opposant, peu importe la fortune, seule compte la ruse, la métis si cher à Homère et à Ulysse. Parce qu'il s'agit bien de ça, de votre Odyssée dans le monde du poker. Comment ferez-vous pour résister aux dieux du poker (adrénaline, tilt, euphorie...), aux requins, aux revers de fortune, aux vents contraires qui vous éloigneront de vos familles, de votre vie sociale? Connaître les réponses à ces questions vous assurera confiance et réussite aux tables en vous moquant de la variance. Vous serez sûrs de vous et de votre choix de vie. Malheureusement, personne, à part vous, ne connait votre vérité.
Si l'on part du principe que la psychologie joue un rôle déterminant dans le poker alors ne faisons pas l'économie d'une auto-analyse pokéristique comme le sociologue s'auto-socioanalyse ou le psy...
Se connaître constitue la première marche vers la connaissance des autres.
N'hésitons pas à paraphraser Nietzsche : « Vous devez faire de votre nature un style ». Ce style vous empêchera certaines valorisations mais vous évitera d'aller dans le mur dans d'autres cas. L'important reste la cohérence de votre jeu et de votre réflexion. Venez avec votre jeu, votre vision affirmée et vous prendrez énorme si la malchance vous laisse tranquille. Bien entendu, au bout d'un moment, les joueurs s'adapteront et vos gains se feront plus minces.
La différence entre un random et un pro se joue sur l'appréhension de notre propre liberté. En démocratie, cette liberté pousse les gens à l'imitation, les moutons de Panurge prennent le pouvoir dirigés par le story telling médiatique. Noam Chomsky et Pierre Bourdieu ont développé cette thèse bien plus brillamment et que l'on peut résumer ainsi : « Une idée répétée à l'infini devient naturelle, allant de soi. C'est le bon sens commun, la pensée unique ». Cette réflexion s'applique au poker.
L'imitation agit sournoisement. Elle peut s'appeler historique dans le pire des cas, métagame dans le meilleur mais jamais elle ne sera instinct. L'instinct c'est le génie qui est en vous, qui se construit au fil de l'expérience et de vos feed-backs.
Pour résumer, il faut se poser la question de savoir ce que représente le poker pour vous. Sans que les deux visions traitées ici soient opposables l'une à l'autre, elles impliquent dans leur stéréotype des styles de jeu différents. Bien entendu, je n'oublie pas les maths quand je joue. Si c'est un jeu de trader, alors soyez froid, projetez-vous dans le long terme rassurant et jouez vos cartes, les spots. Ne prenez pas de risque. Vous enverrez tapis avec les rois préflop alors qu'un joueur est déjà à tapis et qu'un autre à relancer pour l'isoler, refusant de créer un side pot et de jouer un pot avec 30% de risque de perdre contre l'as roi de votre adversaire. Devenez l'équivalent du calculateur d'équations de JP Morgan. Si vous voulez être sûr de gagner, vos 300 euros par jour, choisissez un jeu digne d'une Sicav rassurante. Un bon serré agressif fera l'affaire. Même si le matin, devant la glace vous aurez un petit relent en vous imaginant dans la peau de Phil Helmuth, dites-vous bien que votre vie est meilleure assis dans un cercle de Paris que dans un bureau.
En revanche, si vous êtes prêts à affronter le vertige libertaire que constitue la table de poker, vous devrez vous auto-analyser, prendre des risques, prendre du plaisir. Vous verrez de plus près vos propres démons. Vous les affronterez au risque de succomber. Derrière ces risques, se cachent de gros gains, de grosses pertes, un certain épanouissement mais surtout une aventure que je ne renierai pour rien au monde.
*Arminius est un guerrier germain formé à Rome qui a combattu victorieusement les légions romaines commandées par Varus en l’an 9 de notre ère à Teutoburg.
Publié dans livepoker du mois de mars 2011
Poker as I wander
lundi 31 octobre 2011
dimanche 16 octobre 2011
La Maison du bluff ou le vrai poker
Y a des moments où la télé confine au sublime. Un moment totalement inattendu, improbable dans ce dédale de chaines qui se ressemblent toutes. Les boîtes de prod se transforment en boite de com uniformisées et sans consistance. Et puis un soir, plutôt une nuit, vers une heure du mat, le moment rare arrive. Un vrai acte de vandalisme marxiste télévisuel. Un vrai coup de génie sans douleur contre la société du spectacle. Un happening digne de Guy Debord et son film avec écran noir sur fond noir et sans bande son. On doit ce remake gauchiste et provocateur à Kawa production. Cette dernière produit la maison du bluff sur NRJ12. A sa tête : Alexandre Balkany, fils du maire de Levallois-Perret, membre fondateur du RPR puis de l’UMP. Vu son âge, impossible de plaider pour lui la crise d’adolescence, aucune possibilité d’un entrisme commandité par feu Pierre Lambert et son organisation trotskyste.
Pourtant, c’est bien un moment de rébellion auquel ont assisté les téléspectateurs de NRJ12. Un renoncement au spectacle, à l’accrochage superficiel et niais de notre cerveau. L’affrontement entre Cathy et Aïda fut un vrai moment de sincérité. Rien ne s’est passé, rien de chez rien. Alors que dans cette maison tout se joue au poker hold’em, ces deux femmes ont réussi l’exploit de jouer la néantise aux cartes. Et oh ! Miracle du hold’em en mode tournoi, le néant a été battu puisque un résultat (poussière d’étoile d’avant big bang) s’est dévoilé. Aïda a gagné.
Je préfère casser le suspens de suite, puisque là n’est pas le sujet. N’ayant aucune empathie pour l’une ou l’autre, la victoire n’intéresse pas le spectateur. Le poker s’est la même émotion que celle qu’on trouve au foot si nous ne supportons aucune équipe. Quand on regarde un streaming ou une retransmission pokèrienne, on guette le moment de génie, la confrontation dantesque, le beau geste (move). La victoire n’est vraiment qu’un détail. On mate des dizaines de matchs au bord de la somnolence en attente du jour où le moment d’éternité apparait. Les retransmissions nous gavent de ralentis, de gros plans, de discussions extra-ludiques afin de nous maintenir en vie cérébrale jusqu’à la page publicitaire.
En ce début de nuit, que pouvait tenter le réalisateur de ce tête-à-tête pour combler le rien ? Il est ridicule de vouloir ralentir le mouvement de deux femmes assises dont le seul geste technique consiste à lever deux cartes. Ralentir le statique : un sujet qui doit intéresser les chercheurs de Los Alamos mais pas vraiment le producteur de programmes télévisuels. Les gros plans s’avèrent difficiles. Aïda démontre sur son visage autant d’émotions que Dexter devant sa femme. Quant à Cathy, le gros plan n’est pas le cadrage le plus avantageux.
Il était condamné à filmer le néant en alternant platement et classiquement les différentes caméras. Un grand moment de télévision dont la rareté m’a rappelé les grandes heures d’une série culte :The Wire et cette saison 2 où les enquêteurs passent tout un épisode derrière un ordinateur en train de regarder des conteneurs se faire débarquer.
Kawa production nous a donné un moment de vérité. Un moment de pure liberté qui montre l’apport de la multiplication des chaînes. Ils n’avaient rien à montrer, aucun recours face aux délais de production très court. Alexis Lapisker, le responsable du programme avait beau se décomposer dans son polo rose, les spectateurs directs du HU subissaient les foudres de crampes musculaires équivalentes à une journée de shopping intense avec sa compagne. Personne ne pouvait empêcher toute la quintessence du poker hold’em d’éclore.
Ce jeu, en temps réel, live, est lénifiant. Une table, 15 mains à l’heure, un adversaire dont on ne peut imposer le temps de décision. Et des cartes qui ne viennent pas. Une succession de département français plus déprimant les uns que les autres. Un manque de profondeur de tapis qui empêche toute créativité. On ne tient que sur l’envie de gagner. La discipline se confronte à l’envie de tout balancer. « Au pire je serais dans un 60/40. »
Pokerstars qui, comme les autres sites de jeu nous vante à longueur d’émission, l’agressivité a été pris à son propre jeu. Une heure de heads-up sans agression, sans bluff, sans rien. Juste deux femmes qui se laissent mourir blindes après blindes jusqu’au coup fatal. Aucune adresse, aucun skill, aucune créativité, juste des cartes et un board fatidique au bout de soixante minutes d’antenne. C’était beau comme un écran noir sur fond noir et sans son dans un cinéma vide.
mardi 4 octobre 2011
Jeu de cons : la vieillesse
Même lieu, 24 heures plus tard. Je suis assis sept heures par nuit à cette même table, toutes les nuits dans le casino de Bordeaux-Lac. Les sorties avec ma compagne se raréfient. Les seuls échanges se déroulent la matinée entre deux caresses sur deux corps fatigués. Ma vie se résume à voir des cartes et à prendre l'argent d'autrui. Trente ans, bac +7, journaliste. J'ai grandi en Guyane, Amérique du sud, pays fabuleux où j'ai appris à prendre Sartre pour un con. L'autre, chez moi, n'est pas un adversaire mais une source d'enrichissement culturel. Quinze ans plus tard, l'alchimie entre Édouard Glissant, penseur de la créolisation, philosophie poétique de la relation à l’autre, de la définition identitaire avec l’autre et non contre, et Jean-Paul Sartre se réalise grâce à ce jeu de trader, de capitalistes invétérés, de décadents sur lesquels Georges Bernanos cracherait tout son talent, le poker. L'autre est devenu un adversaire et source d'enrichissement.
Le dégout emplit mon gosier, puis mon être surtout devant l'effroyable réalité : j'aime ça et je ne veux pas faire autre chose. Gagner facilement ma vie, sans aucune responsabilité.
Légèreté! Voilà la crise des trentenaires qui ont grandi dans la peur : chômage, sida, destruction de la couche d'ozone, terrorisme. Ma génération a besoin de légèreté ou de changer de planète. A défaut, on prend de la cocaïne et du cannabis. On s'habitue aux plaisirs de l'illusion, de l'éphémère. On ingurgite des films bidons sous prétexte qu'ils sont gratuits puisque téléchargés via internet. « Voici » est devenu l'Esprit de Mounier. Hors de question de séduire une fille si on ne connaît pas la vie de Paris Hilton et si l'on se refuse à la sex tape. Ce monde m'échappe, j'ai trente ans et je suis déjà vieux. Sans prise sur l'actualité, la compréhension des références s'estompent. J'ai toujours cultivé cette double culture : la bourgeoise et la populaire. Cette dernière me donne une bonne conscience de gauche qui réussit systématiquement son effet auprès des petites en tailleurs. Mais maintenant que le rap est mort, que les dj's jamaïcain vieillissent mal, que Sarkozy est devenu un modèle de réussite sociale, que les Détroit Pistons ne gagnent plus en NBA, que Naomi Campbell a choisi un milliardaire russe, que certains noirs se félicitent d'avoir trouver leur place dans la société médiatique en affichant leur couleur derrière la tête de Ruquier et de Bruce Toussaint, que les sex tape sont remplacées par des suivis morbides de cancéreux en phase terminale, je me sens vieux.
A la table, des jeunes qui jouent au poker depuis leurs douze ans me toisent. Je suis déjà l’ancien, le représentant de la old school. Les générations au poker pullulent aussi vite que celles des rats. Je suis issu de celle de 2005, déjà dépassé, déjà plus au fait. Le bouton n’est plus le bouton, UTG n’est plus UTG. J’hésite à payer le tapis d’un de ces geeks avec une double paire, sur un board avec des quintes possibles. Je paye finalement, le mec m’accuse d’avoir fait un slowroll. Genre, j’aurais dû l’instant call. « Désolé, mais ce n’était pas si évident », a été ma seule réaction. Lui m’a jeté un regard des plus dégoutés face à ma couardise. Quatre ans de poker cela apprend à ne plus se croire invincible. Difficile à comprendre quand on gagne à ce jeu depuis la préadolescence.
mercredi 28 septembre 2011
« L'indépendance dans le poker est une chance »
Rencontre avec Bruno Fitoussi (printemps 2009, jamais publié)
Qu'avez-vous pensé de cette édition du grand prix de Paris?
Bruno Fitoussi : Je crois que c'est le plus beau tournoi français. L'EPT de Deauville, qui est un bon tournoi n'est pas un tournoi français, il se déroule en France mais n'est qu'une étape d'un circuit dont les organisateurs sont étrangers. Sur wam.poker, ils ont publié la liste des derniers vainqueurs du grand prix de Paris. C'est impressionnant : Fabrice Soulier, Mike Sexton, Devilfish Uliott, etc. Ce tournoi bénéficie d'une aura, d'une vraie singularité à l'heure de l'internet. Il a été affecté depuis trois ans par des décisions administratives qui ont fait un amalgame malheureux avec les jeux en lignes alors que l'ACF a toujours respecté très strictement la loi française. Nous avons donc dû surmonter beaucoup de handicaps. Nombre de joueurs sponsorisés par des sites ne peuvent pas venir. Isabelle Mercier, Elky, Freddy Deeb, etc., viennent sur leurs propres deniers. 10 000 euros ce n'est pas rien. L'an prochain, les choses devraient se régulariser et nous devrions accueillir 200 à 300 joueurs.
Le manque de satellites via internet pénalise le grand prix d'une certaine popularité.
B.F. : Oui. L'ACF a réalisé des efforts pour ses adhérents. Nous avons d'ailleurs vu en table finale, deux personnes qualifiées par ces satellites à 50 euros ou 200 euros. Malgré tous ces handicaps, l'ACF a accueilli 138 joueurs dans un tournoi au buy in de 10 000 euros. Une telle performance n'existe nulle part ailleurs.
Des personnes ont regretté de ne pas pouvoir assister à la table finale. Le huis clos a été mis en place afin de garder le suspens intact pour la diffusion en léger différé sur Eurosport.
B.F. : J'essaie de toujours être créatif. C'est dans ma nature. L'ACF a organisé pour la première fois en Europe des ladies night, des seniors night, l'Europe all of fame, j'ai fait venir le World poker tour à Paris … Il n'existe pas beaucoup de salles dans le monde où l'on peut jouer au deuce to seven, au baduggi. J'essaye d'être un pionnier, de garder une longueur d'avance. Ce n'est pas toujours simple d'apporter des nouveaux concepts, des fois nous ne rencontrons pas le succès. L'an dernier, nous avons réalisé l'un des premiers direct live du poker. Il y avait eu le tournoi dans l'île de Man, en Angleterre (ndrl : les wsop en novembre?). Nous avons connu des problèmes techniques en plus de suspicions de triches. Certains joueurs lors des pauses pouvaient regarder la télé et connaître la dernière main de leurs adversaires puisque un décalage de cinq/dix minutes existait. Franchement, le tournoi ne se joue pas sur ça. Cela ne veut rien dire de connaître la dernière main jouée. Nous devions opérer des arrêts intempestifs par rapport à la publicité, etc. Cette année, nous avons privilégié une autre formule qui a pu frustrer une centaine d'habitués de l'ACF mais a offert à des milliers, peut-être des centaines de milliers (NDRL : Nous ne connaissons pas l'audience de la table finale lors de l'entrevue. Le site Daylimotion a enregistré plus de cent mille connexions) de téléspectateurs, une table finale pleine de suspens.
C'était une exigence du diffuseur?
BF : Effectivement. Nous devions apporter certaines garanties au diffuseur. L'ACF ne bénéficie pas, encore une fois, du soutien des sites de jeux en lignes. La production d'une telle émission nécessite un budget que ne possède pas l'ACF. Il faut trouver des partenariats, ce que nous avons réussi pour le bonheur des fans de poker.
« C'est beau, c'est ça le poker »
Qu'avez-vous pensé de la table finale?
BF : J'ai entendu des critiques surtout concernant Jan Boubli. Mais Jan a été excellent. C'est ça le poker. Sans jeu il a réussi à avoir plus de jetons qu'au début de la finale. C'est beau, c'est ça le poker. Je trouve qu'on devrait prendre des morceaux de cette finale et les décrypter de manière pédagogique pour apprendre le poker aux gens. J'ai adoré cette finale. Jérôme a été exceptionnel. Nicolas a tenté de mettre la pression, fort de son expérience. Il s'est arrêté à temps parce qu'autrement, il se mettait toute la table contre lui. Jan, Jérôme, Fabrizio qui est un joueur de cash game ne se seraient pas laissé faire. David a pris sa chance complètement, peut-être que Vikash a été un ton en-dessous.
Que va vous apporter cette nouvelle législation sur les jeux en lignes prévue pour janvier 2010?
BF : Une bouffée d'air. Depuis deux/trois ans, les casinos français, peut-être pas tous, d'ailleurs, applique la loi à la lettre. Nous sommes donc coupés d'internet, le plus grand pourvoyeur de joueurs des tournois live. Nous ne pouvons pas recevoir le WPT alors qu'il n'est attaché à aucun site de jeux. Puisqu'un EPT a été organisé, je pense qu'un WPT pourra se faire aussi. Nous devrions développer les European poker awards, une remise de prix essentielle, avec des joueurs sponsorisés par ces sites. Nous allons pouvoir récompenser le meilleur joueur du net.
Vous évoquer le World poker tour. Celui-ci a connu des moments difficiles dû à un effritement de son audimat.
BF : Tous les programmes connaissent une baisse. C'est surtout dans sa promotion qu'il a rencontré des difficultés. Le WPT s'est avéré très cher pour la télé alors que les sites internet livrent gratuitement leurs tournois live. Steve Lipscomb, créateur et CIO du WPT, a donc modifié son business plan. Il s'associe avec des sites de jeux : Pokerstars aux USA, Bwin en Italie, ect. Nous attendons un sponsor en France. Si le WPT a souffert de ne pas être affilié à un site de jeux, maintenant cela devient un avantage, une force. Le WPT est le seul tournoi indépendant et l'indépendance dans le poker est une chance. Elle permet une grande flexibilité, de passer des contrats avec qui l'on veut. C'est la même chose pour l'ACF. Nous avons souffert un temps mais dorénavant, c'est une force.
10ème au WPT championship
Nous venons d'évoquer la partie business du poker qui vous occupe beaucoup par rapport à votre société VIP gaming, mais vous restez un joueur de poker performant. Racontez-nous ce WPT championship dont vous finissez dixième.
BF : J'ai connu deux tournois en un. Le premier a été idéal et a duré deux jours. J'ai fini le jour 1 dans les cinq/ six premiers puis j'ai pris le cheap lead rapidement le jour 2 avec 400 k jetons. Le problème c'est que j'ai eu toutes les peines du monde a dépassé ces 400k. Les quatre autres jours, j'ai joué short stack. J'ai beaucoup appris et progressé dans ce tournoi. J'ai réussi à monter en jetons à l'approche de la table finale jusqu'à ce coup fatidique. Je suis UTG, les blindes sont de 50k-100k. J'effectue un baby raise à 210k, Ran Azor surrelance, et Yevgueniy Timoshenko tente le squezze en mettant son tapis. Je réfléchi un peu, histoire d'attirer Ran et je paie avec une paire de rois. Yevgueniy montre As-valet. Un As au flop scelle mon destin. C'est dommage, il me couvrait que de 250k et ce coup lui permet de finir premier du tournoi. Dommage ! J'adore ce tournoi à 25k dollars, c'est l'un des trois plus beaux de l'année. La structure est excellente.
Comment choisissez-vous vos tournois?
BF : N'étant plus un joueur professionnel, je cherche à me faire plaisir. Et puis, les grands tournois attirent toute la profession du poker. Je me dois d'être là-bas, j'ai pu par exemple présenter le Grand prix de Paris à quelques semaines de son commencement.
Vegas semble vous porter chance.
BF : Disons que les deux tiers de mes tournois se déroulent dans cette ville, donc il est logique d'avoir plus de résultats là-bas. Sinon, j'en parlais avec Patrick Bueno, qui a terminé 8ème du Horse l'an dernier. Lui-aussi est un homme d'affaires et quand nous sommes en Europe, pas loin de Paris nous ne pouvons pas couper totalement avec nos affaires. Nous ne sommes pas totalement concentrés lors du tournoi. A Vegas, nous n'avons que ça à faire, puisque nous jouons l'après-midi, en France, tout le monde dort.
Que pensez-vous de cette ville : Las Vegas, Sin city?
BF : J'y suis allé la première fois en 1977 à 19 ans. Je m'en souviens j'avais acheté une paire de botte mexicaine qui avait pour inscription 77. N'ayant pas l'âge de jouer dans les casinos, le séjour a consisté en une course poursuite avec la police qui voulait m'expulser des établissements. Je découvrais à peine le poker. J'y suis retourné pour le poker à partir de 1995 pour les WSOP. J'y ai aussi vécu un an avant de rencontrer ma femme et de repartir en France par amour. Elle déteste cette ville. Celle-ci est dangereuse. Il faut beaucoup de caractère à cause des tentations nombreuses et incessantes. Il faut être sérieux, capable de contrôle sur soi. Si on a tous ça, alors cette ville ne sera pas un enfer mais un paradis où vous verrez les plus beaux spectacles, les plus beaux concerts, des bons restaurants. Il ne faut pas rester 24h sur 24 à la table. Coupez ! Visitez les alentours : le Grand Canyon, le lac Mead. Jouez à des limites inférieures à vos habitudes. Faites tous ce que vous pouvez afin que ce séjour soit un plaisir et non un enfer.
« Le main event est un énorme cirque»
Vous partez à Las Vegas, pour les WSOP, quel sera votre programme?
BF : J'ai beaucoup hésité mais je crois avoir trouvé une bonne formule par rapport aux exigences familiales et professionnelles. Je vais jouer le 40k dollars en l'honneur des 40 ans des World series, le 28 mai. Puis le 4 juin, j'attends avec impatience le mixed game à 8 jeux (NLH, PLO, LH, OHL, deuce to seven, Razz, Stud à sept cartes, stud à sept cartes hi and low, NDRL) que je n'ai pas pu faire l'an dernier. Je ne veux pas dire que j'ai de bonnes chances parce que j'ai trop d'expérience pour cela. Je sais qu'un tournoi se perd normalement et si on a de la chance, beaucoup de chance on en gagne un de temps en temps. Je sais que le 1er jour 50% des joueurs disparaissent puis pareil le jour 2. Je sais qu'Elky ou Isabelle Mercier se motivent fortement et pense gagner le tournoi auquel ils participent. Je ne suis pas comme ça. Mais là je sais que sur les 150 bons joueurs du H.O.R.S.E. seul un bon tiers partagent une connaissance et une expertise de haut niveau dans tous les jeux que réclament ce tournoi à 8 jeux. Ensuite, je retourne en France et ne reviendrai que pour le H.O.R.S.E. Je ne pense pas participer au main event. Dans les beaux tournois, il n'est qu'au 8ème rang. Je préférerais jouer au 10k pot limit Omaha, le 2_7 no limit et limit, le tête à tête à 10k. Le main event est devenu une foire, un énorme cirque. De la sortie des taxis à la table, il faut 40 minutes. Le premier jour dure six jours... Les sommes engagées restent importantes et attirantes mais la chance nécessaire est tellement importante. Vous savez dans un tournoi, si l'on peut remettre en cause les qualités de poker du gagnant, on ne peut jamais remettre en doute la chance dont a bénéficié le gagnant.
Pourtant, c'est lors de ce tournoi où vous avez le mieux joué.
BF : Ce n'est plus le cas. Je pense que mon meilleur tournoi, c'était le dernier WPT championship. J'étais dans la zone. Je devinais mes adversaires, j'étais dans leur tête. Il y a des moments au poker où apparaît une lassitude. Des moments où l'on ne progresse pas, on n’apprend rien. Cela fait longtemps que ça ne m'est pas arrivé.
Ces WSOP reste un moment de plaisir?
BF : Oui mais pas le même. 2003 a marqué une révolution avec la victoire de Chris Moneymaker lors du main event. Cette année là, nous avons remarqué un changement qui s'est confirmé édition après édition. Je peux rester une journée sans rencontrer de joueurs de ma connaissance. L'anonymat pèse un peu. Un des liens qui unit les joueurs de poker entre eux et ce plaisir, ce sentiment d'exclusivité, le cercle des initiés. Ce plaisir n'existe plus sauf lors du H.O.R.S.E. La moyenne d'âge est passé de plus de 40 ans à 22-23 ans. C'est plus excitant mais moins touchant, moins charmant. Il reste des bons moments. Les world series of barbecue par exemple. Il s'agit d'une soirée organisée par un ancien : Mike Sexton, Doyle Brunson, Howard Lederer ou Steve Zolotov. On se retrouve tous à ce moment comme 20 ans auparavant. Ou encore une bonne table de mixed game au Bellagio.
On vous sent mélancolique.
BF : Oui un peu mais il n'y a pas que de l'amertume. Ces tournois devenus énormes représentent un challenge encore plus excitant. Quand je travaillais à l'ACF comme directeur en tant qu'initiateur du poker dans l'Hexagone, j'aimais retrouver ces membres réguliers, discuter avec eux. Nous rentrons dans une certaine intimité sur une table de poker. Nous discutons, nous apprenons à nous connaître. On reste des heures, des fois sans voir de jeux, il faut bien s'occuper. Ce qui fait le succès de l'ACF, entre autres, ce sont ses membres. C'est un club de gentlemen, de membres. La disposition des salles aide à la rencontre. C'est sûr que ce lieu si particulier et exceptionnel ne se retrouve pas à Las Vegas. Je suis attaché à cette idée, qu'on se réunit pour partager un même plaisir comme lors d'un repas.
« Je trouve que le holdem, en cash game est l'un des jeux les moins intéressants »
Dans cet état d'esprit, le No limit holdem ne doit pas correspondre à votre jeu préféré.
BF : Effectivement. Je pense que tous les bons jeunes qui apparaissent, même s'il n'y aura qu'un pour cent de ces nouveaux joueurs, cela ne sera déjà pas si mal, feront le même chemin que nous, anciens. Ils viendront au mixed game. Quand j'étais professionnel, je ne jouais quasi exclusivement qu'à l'Omaha pot limit, à Londres ou en Italie. Maintenant, que je ne suis plus professionnel, je ne recherche plus les parties faciles mais celle avec du challenge qui éprouve mes envies de complexité, de calcul, de stratégies. Je trouve que le holdem, en cash game, je précise est l'un des jeux les moins intéressants avec le Razz. D'ailleurs, ces deux jeux avaient disparus des casinos. Au début, à l'ACF, il n'y avait que de l'Omaha. Le mixed game, l'Omaha permettent de jouer plus de mains. Il y a plus d'excitations. D'ailleurs, l'Omaha commence à montrer le bout de son nez, de nouveau à l'ACF.
Vous êtes le « monsieur poker » en France, estimez-vous être assez reconnu pour tout ce que vous avez apporter à ce jeu?
BF : C'est la première fois qu'on me pose cette question. Mon père m'a toujours dit que pour vivre heureux il fallait vivre caché. Je ne prends pas au pied de la lettre cette expression mais elle reste dans un coin de la tête. Elle appartient à mon éducation. J'ai moins besoin de visibilité qu'Elky par exemple. Je n'ai pas besoin qu'on parle de moi pour réaliser des affaires, pour exister. Alors, honnêtement, je crois être déjà un peu trop reconnu. Cela me fait toujours un peu bizarre de signer des autographes, je le fais avec plaisir mais qu'est-ce que c'est, un autographe?
Propos recueillis par Gérôme Guitteau
La tête à l'envers (novembre2009)
Il est minuit moins cinq ce 26 septembre. Aucun tournoi ne s'affiche sur le lobby de pokerstars. Seul un 33 dollars rebuy 3 fois turbo qualificatif pour une place à l'Asian pacific poker tour d'Auckland en Nouvelle Zélande est proposé. Je joue depuis un mois sur ce site. J'ai obtenu trois bons résultats. Pourquoi pas? Comme d'habitude dans les rebuys, je joue très serré. Au bout de 45 minutes, le tournoi devient fou. Les tapis s'enchaînent. J'arrive à la pause avec 50k plus le rajout, j'ai 80k. Les adversaires disparaissent rapidement, sur 109 joueurs, nous ne sommes plus que 59 à la pause. Les 18 premiers repartent avec 700 dollars et un seul avec le package pour le pays des kiwis. En table finale, je double grâce à mes dames. Puis, j'affronte le chip leader avec mes sept, largement dominés par ses huit. Coup de chance, un sept se retourne. Nous ne sommes plus que cinq. J'obtiens les dames. Je paie le petit tapis d'un adversaire qui montre les AS. Je perds. Deux mains plus tard, les voilà de nouveau. Je lutte contre le co-chip leader. Il retourne les rois. Je me crois mort jusqu'à l'apparition miraculeuse de la dame. Il est 2h30 du matin, je pars pour Auckland.
Une première table de rêve
Le tournoi prend place dans le skycity casino d'Auckland. Au bout de trente six heures d'avion et d'attente, je débarque à pied au grand hôtel, il est 9h du matin. J'ai 12h de décalage horaire dans la tête, puisque j'arrive de Londres où le billet valait 800 euros de moins que sur Paris. Le jour1A commence dans trois heures, autant dire que le jour1B me semble bien plus destiné. Première bonne surprise, l'hôtel est de toute première classe. Un sac rempli d'affaire du site nous attend. Résultat : Auckland se couvre de veste rouge ou bleue pendant cinq jours. Malheureusement, le ciel de la capitale économique préfère le noir bien sombre de nuages très concentrés en eau. Il pleut sur la ville. Alors que feriez-vous, seul, dans une ville inconnue où le temps vous invite à rester à l'abri? Prendre un bon livre? Regarder Skynews en boucle? Attraper une pneumonie sous les averses froides de l'hémisphère sud? Nous sommes d'accord : jouer au poker est plus indiqué. Le rake du casino, établi à 10% paraît à première vue prohibitif, si on ne mentionne pas le cap fixe de 12 ou 15 dollars. Dans les faits, la retenue du casino est bien inférieure à celle pratiquée dans notre cher hexagone. En plus, le staff se montre très à l'écoute de la clientèle. Des joueurs sont intéressés pour une omaha? Pas de problème. On veut changer en cours de table les blindes? Pas de problème. Un vent de liberté qui s'apprécie.
A la table, l'ambiance est bonne. De toute manière, le Maori sait se faire respecter, surtout ses 100 kilos. En réalité, la population est très métissée : Maoris, Chinois, Australien, Japonais, Coréens puis plus particulièrement lors du tournoi : Américains, Canadiens, Français venus de la Kanaky (autrement appelée Nouvevlle-Calédonie) ou du fenua ( le « continent» tahitien). Le niveau est excellent pour engranger des sous facilement. Du très passif un peu loose comme on en rêve. De quoi me mettre en confiance avant le premier main event de ma carrière à 3200 dollars. Le hic provient surtout de la team pokerstar venue au grand complet : Tony Hachem, Emad Tahtouh, Eric Assadourian et consort. Lee Nelson dont Elky a commenté le livre (Kill Elky) est présent. Du beau monde même si le field s'est rétréci par rapport à l'an dernier avec seulement 263 joueurs.
La première journée a déjà créé des écarts et cela nous met la pression : Emad Tahtouh a fini avec 165k jetons et deux autres joueurs ont plus de 100k devant eux.
Quand je reviens sur ce tournoi et que je cherche mes moments de chance inévitables pour aller si loin, je ne peux pas m'empêcher de penser au tirage au sort. On reçoit un petit bout de papier qui indique son siège. En fait ce ticket correspond à votre ligne de vie, tout dépend de cette première table. Alors que les three bet et les four bet s'enchaînent sur certaines, la mienne est un rêve. On commence la journée avec 20000 jetons, je monte à 93000 chips en effectuant qu'une mise à tapis et deux showdown. Plus que voler les blindes, mes adversaires défendent leurs mises obligatoires avant d'abandonner au flop, le plus souvent.
Un three barel qui change tout
Mon tournoi doit énormément à mon premier coup. J'observe depuis trois tours la table. Une calling station venue de Chine se tient à deux places de moi. Un pote australien, agressif serré, de Tony Hachem se situe sur ma droite. Ce dernier vient de perdre quelques plumes contre le colleur qui marche sur la table. Il doit avoir 35k devant lui quand je touche VT au cut off. J'envoie 3,5 fois la blinde. La calling en petite blinde me colle. 2 6 7 au flop, il checke, je continue mon agression à 65% du pot. Il colle. Tombe un as, sur lequel je décide de jouer. J'envoie la moitié du pot, immédiatement collé par mon adversaire. Une dame suit. Il checke encore. Je ne le mets par sur un tirage mais plutôt sur une pocket paire. Je ne dois absolument pas montrer ma main aux autres. J'envoie 5k, alors que j'ai déjà investi 5k dans le coup. Le vilain réfléchit, compte son tapis puis lâche l'affaire. Il est calmé, mon image est bonne, je peux commencer mon travail de sape. Plusieurs heures après, un sur-agressif relance en début de parole, le pote de Tony, un semi-pro colle, je fais de même au bouton avec mes 9, persuadé que la grosse blinde va faire tapis. Je veux voir ce qui se produira, j'envisage un squezze. En grosse blinde, le Chinois envoie donc son tapis pour 2,5k. L'ouvreur se couche tandis que l'Australien envoie sa boîte qui se monte à 12k chips. Je possède32k à ce moment là. Le type ne peut avoir que top 3 pour jouer ainsi mais pourquoi n'a-t-il pas relancé avant? Je le fais parler suffisamment pour comprendre qu'il ne joue pas tout son tournoi avec RD. Je me couche. Il montre les As, tandis que la BB dévoile les 10. Bien entendu un 9 apparaît au flop ce qui a défaut de m'énerver me donne confiance. Je sens que les cartes sont de mon côté.
Une première donation
Après 7h de jeu, un Australien qui m'a vu jouer en cash le matin, s'assoit à ma droite avec un tapis équivalent au mien. Il limpe utg+1, je raise avec les As à 1,2k. Il se couche. Main suivante : il limpe Utg, je relance avec As Roi à 1,2k, il me three bet à 3,5k. Il faut toujours se méfier du New York back raise. Je colle. Mon roi tombe avec deux cœurs, je possède l'As. Il ouvre à 5k. Cette mise m'embête. Si j'avais les As, dans sa position, ferais-je pareil? Si mon opposant à As/Roi à coeur, je me retrouve en coin flip, trop tôt dans le tournoi. Je pense que j'aurais été plus prudent, j'aurais préféré un check raise, risquant une carte gratuite. Je paie donc, histoire de ralentir le coup ou de provoquer l'erreur du joueur. Celle-ci survient au tournant. Le valet de coeur apparaît. Il shove immédiatement. Je me retrouve avec une paire max et le tirage couleur max. Je ne comprends pas ce move à part bien entendu s'il veut protéger sa main. Mais une carte effrayante vient justement de tomber. Ce n'est plus la main qui est à protéger mais le tapis. Et quel drôle de manière de protéger ses jetons en les envoyant en première ligne. Je suis convaincu de son bluff, je le fais parler afin de confirmer ma pensée. Et je paye. Il retourne As T à pique pour un three outer qui ne vient pas. Je dépasse les 60 000 jetons soit les 200 BB. Mes blocs sont bien protégés et la course vers la victoire peut commencer.
Cette main me plaît particulièrement pour une simple raison. Elle marque la différence entre le cash game et le tournoi. Dans la première discipline, au tournant, c'est un call instantané qui s'effectue. En tournoi, le temps se contracte, l'erreur n'est pas permise, alors tout devient plus suspect plus tendancieux. Un call évident devient le fruit d'une instance réflexion. C'est pour cela qu'obtenir des jetons rapidement est crucial. Les gros tapis permettent de lier sa réflexion, son instinct avec le move idoine. Quand le premier jour s'achève vers 20h, je suis exténué. Je joue depuis 16h, la veille. Si l'on compte la pause petit dèj, douche et repos de trois heures, j'ai joué 24h sur 28h. Autant dire que je n'ai aucun mal à trouver le sommeil jusqu'à 1h. Je me lève pas très frais mais il m'est impossible de dormir. Alors que faire? Oui, Oui : jouer au poker. Une table d'Omaha Hi s'ouvre. Les mecs balancent les sous, je les récupère, jusqu'à ce que mon wrap à 21 cartes sur le flop s'écrase contre le brelan max d'un vilain. Je pers un pot à 5000 euros et finis la nuit avec un maigre bénéfice. Mais mon poker est en place. Le temps d'une douche et le jour 2 débute.
Le poker commence
Il reste 120 personnes et aujourd'hui, mes neuf compères ne veulent pas voir la semelle de mes chaussures. Je me fais sur-relancer systématiquement. Jusqu'à As Roi au cut off. Je suis three better par le bouton, je le relance encore. Il colle. As roi sept carreau. Je checke, il shove direct pour 30k jetons, il me reste 70k. En cash game, j'ai tellement vu le vilain ou moi-même retourné le petit set, que je me méfie. La probabilité qu'il me mette sur as roi est grande, d'autant que je continue toutes mes mises au flop. Mon move est trop suspect pour risquer un shove à ce moment là. Il ne peut avoir que la pocket sept en main. Je jette en demandant l'horloge contre moi-même. Une fois sorti du tournoi, ce joueur m'assure qu'il avait les sept en mains. Ce lay-down, bizarrement me met de bonne humeur. J'aime coucher des grosses mains même contre un bluff. Cela signifie que je suis concentré, prêt au sacrifice, et que j'ai confiance, genre : « Il y aura des calls plus faciles à réaliser ». Sun Tzu ne me quitte pas, s'il te plait.
Le début d'une histoire
Comme Isabelle Mercier le raconte dans son autobiographie. Dans le poker, on rencontre des gens qui peuvent passer d'endetter à millionnaire, n'est-ce pas M. Moon. On peut s'asseoir à une table, regarder son joueur sur la droite, puis ce mec devient votre meilleur ami, votre pire adversaire. En quelques donnes, votre vie change. That's poker, innit?
Dans une moindre mesure, c'est ce qui s'est produit lors de ce changement de table. Simon Watt se situe sur ma droite. Il a tout du geek. Des mouvements de corps peu assurés, des moves de poker terriblement maitrisés et agressifs. Il est dans son monde, concentré. Juste à sa droite, se trouve Gaël Hervé, un Français de Cassis, extrêmement sympathique, jovial, avenant, un bon pote. Avant le début de la journée, il craint de me rencontrer. Je lui raconte les coups qui ont opposés Saout et Lacay lors du main event des WSOP, histoire de dire que c'est du poker et que si je peux tout lui prendre, je lui prendrais tout. « Je vais jouer serrer », me lance-t-il.
Quand j'arrive sur la table, il avoisine les 60k jetons, largement au-dessus de la moyenne. Simon domine. Un autre joueur s'installe, un sur-agressif que j'ai contré trois fois précédemment. Il est loose sans aucun doute. Après deux tours d'observations, je m'active. Simon ouvre à 2,5k (blindes 300 600) au cut off, je le relance à 8,5k. Le joueur loose me surrelance à 22,5k. Nous possédons à peu près le même tapis (77k). Je décide de combattre. J'ai la position sur lui, je le lis bien, alors, 8-9 de cœur ce n'est pas si mauvais. Le flop tombe : 9 de carreau, roi-dame de cœur. Sans trop réfléchir, il envoie sa boite. Sans trop réfléchir, je colle. J'ai décidé de combattre, le flop n'est pas mauvais. Au pire, il tire les coeurs et dans ce cas, je possède deux bloqueurs. Dans mon esprit, il est impossible qu'il ait as dame, as roi, brelan de 9, peut-être. Mais pourquoi tapis? Je le vois en bluff ou sur l'as de coeur bas, j'ai peur d'as valet ou d'as dix. Il retourne As-4 de coeur. Je suis devant et pressent une bonne fin. Rien ne l'aide, et je prends la deuxième place du tournoi. Simon me fait remarquer que je l'ai relancé avec une main très moyenne. « Je n'oublierai pas », m'avertit le jeune néo-zélandais. Pendant trois tours, il me prend mes blindes. Je l'observe. Techniquement, il est très bon, définitivement meilleur que moi. Je dois le piéger. Si je veux aller loin, je dois le dominer. La table ne doit pas casser avant un long moment. Mon stack m'avantage. En bataille de blindes à 1k-2k, il relance à 6,5k, je le raise à 22,5k, il shove. Si je paie et perd, je retombe à 80k jetons, au-dessus de la moyenne. Je décide de caller avec as/2 offsuited, il retourne VT. Un dix se retourne en premier puis un deux, et c'est tout. Simon prend le chip lead du tournoi. En même temps que je peste sur mon move hasardeux et surtout stratégiquement inutile, je reçois les valets. J'entends Gaël annoncé raise, je re-raise à18,5k.Il shove. Le tilt salvateur pointe son nez, je suis. Il retourne les As. Le temps que le flop se retourne, qu'on se serre la main avec Gaël, je me remémore la phrase de mes potes mahorais. «T'es capable de bâtir une superbe villa en cinq minutes et de perdre un château en 1h.» Je me maudis jusqu'à ce que le flop laisse apparaître un valet. Gaël est abattu, je tente de garder mon calme. Il m'en voudra pendant toute la soirée. Le lendemain, il avait déjà accepté la cruauté de ce jeu et m'encourageait. So gentleman, Gaël !
Après ces quelques minutes de folie, le tournoi est devenu un long fleuve tranquille; J'ai géré en bon père de famille mon tapis. La bulle m'a rapporté plus de 100k jetons, de quoi finir dans l'argent avec 315k jetons. Je suis cinquième, loin derrière Jason Brown et son presque million. Simon est deuxième à 530k.
Le lendemain, je décide de jouer serré. Je n'ai pas vu beaucoup de mains jusqu'à présent : Une fois les As, trois fois les dames et deux fois les valets, deux As/Roi en 20h de jeu. Mon image à table est catastrophique. Il est vrai que j'ai terminé la journée d'hier en relançant tous les coups. Vive la bulle ! J'espère toucher aujourd'hui et passer les niveaux d'argent tranquillement.
Simon Watt se situe à deux places de moi sur ma gauche. Il ne varie pas son jeu et reste dominateur à table. Il veut éradiquer les petits tapis et perd beaucoup à ce jeu là. Moi, j'attends. Je rafle un tapis avec As/Dame puis j'obtiens les rois au bouton. La petite blinde a quadruplé depuis le début de la journée. Elle est euphorique et n'a cure de ma relance, elle boîte. Je paie et remporte le pot, son AS/7 ne trouvant rien sur le board. Le troisième moment de chance intervient quand nous ne sommes plus que deux tables. Tous les gros tapis se retrouvent ensemble. Seul Michael Shinzaki et ses 700k jetons m'inquiètent. Sans se le dire, nous décidons de nous partager la table jusqu'à l'arrivée de Jason Brown. Ce joueur est en rush, il sort les AS comme un magicien les lapins. Sa chance est telle qu'il effraie tout le monde. Il ouvre de manière classique au bouton à 26k. Je regarde mes cartes : AS/Dame. J'annonce une sur-relance à 88k. Je pense que cela suffira à le coucher. Malheureusement, le croupier a mal entendu et annonce une sur-relance minimale. Jason colle à 52k. D 10 4 tricolore. J'ouvre à 88k. Je pense que c'est une bonne mise pour signifier la peur. Une sorte de continuation bet faiblard. Cela peut exciter un gros tapis. Le souci, c'est que cela l'excite un peu trop. Il envoie tous ses jetons au milieu de la table. Le flop ne présente pas beaucoup de tirage. Cette mise démesurée ne peut représenter qu'un bluff. A tête reposée, loin de toute pression, cela semble évident, mais quand tout un tournoi aux antipodes se joue sur cette décision, le call devient plus dur. Et si c'était un très bon joueur possédant son set, qui a compris que j'avais AS/D. Il a collé un three bet quand même. Je paie en me réconfortant : « Je suis dans l'argent, j'ai bien gagné en cash. Si je dois aller plus loin dans le tournoi, c'est maintenant. » Jason retourne 6/7 de cœur. Je respire... un peu trop vite. Le trois de cœur au tournant offre un tirage ventral et un tirage couleur. La rivière me fait passer chip leader.
Une guerre froide entre gros
Jason revient dans la partie en obtenant une quinte ventrale sur la rivière. Il prend tout le tapis d'un adversaire. Nous sommes tous les deux aux alentours de 900k. Il est juste à ma droite. Il ouvre UTG. Je colle avec les valets. Au flop tombe un AS. On décide de checker jusqu'à la rivière en guise de paix. C'est notre calumet. Nous sommes trop gros et trop plein d'espoir pour se battre. On attendra la table finale.
Un tour plus tard, rebelotte, il ouvre. Cette fois-ci, je sur-relance à 150k avec mes dames. Il colle et me fait comprendre qu'il a as/roi. Le flop se joue en bas, j'ouvre, il folde, on se montre nos jeux. Il avait bien AS/roi. Cette bonne entente est discutable. Au vu des cartes et des boards, si je décide de jouer mes valets à fond, sans signe de non agression, nul doute que Jason serait parti à tapis avec son As/Roi, pour quel résultat? Personne ne connaît la turn et la rivière de ce coup. L'agressivité est une règle du poker, la prudence et la patience sont ses valeurs. Jouer professionnellement exige de limiter la part du hasard dans les résultats. J'ai un gros stack, un edge sur pas mal de joueurs et un tell sur le meilleur d'entre eux. Pourquoi prendrais-je des risques? Je termine le troisième jour avec un quart des jetons du tournoi, 1,2 MK, et large chip leader.
La table finale n'est qu'une formalité, les éliminations s'enchaînent. Nous ne sommes plus que quatre. Jason, Simon et moi-même tournons autour du 1,5MK, Ke Sijia, joueur très serré n'a plus que 600K devant lui. Il est la cible. Le problème réside en Simon Watt, qui n'a pas compris et prend de gros risques. Sur un flop tricolore (VT6) il m'envoie la boîte. Je discute avec lui. Je le mets sur un semi-bluff, je possède AS-8 de carreau. Je décide de faire l'acting, de lui faire croire que je couche une grosse main. La pause survient juste après. Avec Jason, nous tentons de lui inculquer quelques notions de stratégies. « Tu viens de jouer un semi-bluff à 90k dollars, tu te rends compte? Attendons d'être trois, on deal et ensuite tu joues comme tu le sens.
_Je ne veux pas dealer, je suis là pour jouer et je suis plutôt fier de mon move, » rétorque le jeune d' Auckland.
Il nous laisse pantois. Malgré tout, il me livrera six walk de suite. Preuve qu'il n'était pas totalement inconscient. Je finis par sortir Ke Sijia. Je me retrouve avec 2 MK de jetons, Jason a 1,4MK et Simon 1,7MK. Je demande le deal qui est conclu malgré les réticences de Simon. Nous jouons quand même le package pour Sydney et une certaine somme d'argent pas négligeable et … la gloire d'un titre international. Jason préfère nous laisser seuls et s'envoie en l'air avec une paire de cinq contre les rois de Simon. Il avait atteint son objectif.
A bad beat or not a bad beat?
Je suis donc en heads-up contre le meilleur joueur du tournoi malgré la team pro de poker stars, Simon reste au-dessus du lot. Il établit très bien le range de vos mains. Il est meilleur techniquement que moi. Mon arme réside dans une très bonne lecture du personnage. J'ai un tell dont je suis sûr à 100%. Cela fait trois jours que l'on se joue, que je prépare mon piège.
Première main, je relance à 75k (15k 30k de blindes), il sur-relance à 200k, je passe. Deuxième main, et c'est moi qui sur-relance. Troisième main, je passe ma petite blinde. Nous sommes tous les deux très agressifs, donc en tête à tête, la position préférentielle se situe en premier de parole au flop. J'en suis convaincu. Quatrième main, je le sur-relance à 200k, il passe. Je passe ma petite blinde encore une fois. Cinquième main, il relance à 75k, je sur-relance à 200k, il réalise un four bet à 450k. De suite, je le mets sur un AS avec un faible kicker. Je décide de coller avec valet-8 de trèfle. J'aurais pu posséder 7-2 dépareillés que j'aurais collé pareillement. Je connais sa main, en tout cas, je suis prêt à parier mon tapis sur cette lecture. S'il se retourne un valet ou un 8 sans AS, je checke pour l'obliger à shover. Si rien ne vient au flop, je shove.
7/8/10 apparaissent comme dans un rêve. Je checke. Simon hésite, hésite. Me serais-je trompé? Il ne va pas commettre l'erreur. Il va checker mettant en péril mon piège. Le pot est d'un million ce qui me donne un net avantage mais je préfère en finir maintenant. S'il te plait, shove. « I'm all in ». A peine le temps de réaliser que mon rêve se produit, j'ai déjà collé. Simon fait la moue, il a peur de valet 9, une main que je joue souvent. Il lui reste trois as, si je n'améliore pas mon jeu. Le public scande « Ace! Ace! ». Hélas, l'As tombe au tournant. C'est le délire au Sky city d'Auckland. Je garde espoir. Je joue un huit, un neuf ou un valet. 9 cartes. 18% de chance. Non ! Rien ne vient me sauver.
Il me reste 500k jetons que je livre en shovant de petite blinde avec roi/7 de trèfle. Simon colle avec ses 5, qui tiennent. Cinquième tête-à-tête perdu en deux mois sur des tournois moyens ou gros. J'accuse le coup. Emad Tahtouh second de l'EPT Londres me réconforte à la soirée Pokerstars. Il a attendu son neuvième heads up avant de gagner. J'entends ici ou là des commentaires sur le move décisif. « Pourquoi il n'a pas poussé tapis en premier? » constitue la question récurrente de la soirée. Perso, je suis vanné, à minuit je rentre dans ma chambre d'hôtel, mort de fatigue, déçu. Le lendemain, Gaël me remet les pieds sur terre. Je viens de réaliser le rêve de nombreux joueurs amateurs. Avant le tournoi, j'aurais signé les yeux fermés pour ce scénario. Je reste amer quand même. Ce qui me chagrine, c'est de revenir sans le package pour Sidney. Je veux revivre ces sensations. Rejouer un main event, le plus rapidement possible. Et ça, seules les cartes peuvent me dire quand je rejouerai dans un événement de cette importance. Ne me faites pas trop attendre, s'il vous plaît.
Gérôme Guitteau
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